7.5/10Marvels - 2009 - L'oeil de l'objectif

/ Critique - écrit par riffhifi, le 20/10/2010
Notre verdict : 7.5/10 - Photo le héros (Ecrivez votre critique)

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Une suite tardive au classique de Kurt Busiek et Alex Ross. Le dessinateur change, le propos se fait plus intimiste, et complète la saga Marvels en mode mineur.

Il est reporter photographe, comme Peter Parker. Il est borgne, comme Nick Fury. Mais son seul super-pouvoir, c'est de développer un sale cancer dont il n'a que 23% de chances de réchapper. Phil Sheldon, le protagoniste de la mythique mini-série Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross, est désormais un homme fatigué, dépassé. Son éditeur lui demande une suite de son best-seller, un recueil de photos de super-héros couvrant la période 1939-1974 ; mais il rechigne à s'y coller, n'a pas envie de se forcer. De la même manière, Busiek le scénariste a
laissé s'écouler quinze ans depuis le Marvels d'origine, et n'a manifestement pas envie de jouer dans la même cour pour cette suite. Faisant équipe avec un nouveau dessinateur au style plus réaliste, moins iconique (Jay Anacleto), il s'attache cette fois à l'ère de la désillusion. Si l'album s'ouvre sur l'émergence des super-héros au début des années 60, il concentre l'essentiel de sa narration sur les années 70 et 80, montrant l'apparition des justiciers "trash" comme le Punisher et Ghost Rider, les polémiques sur les agissements des héros, les crises majeures comme les guerres secrètes, les violentes réactions anti-mutants et l'apparition de Facteur-X... La chronologie du "Marvelverse" est retracée par les yeux de Sheldon, homme de la rue (armé d'un appareil photo) et transfuge d'une autre génération, celle qui a cru se forger un système de valeurs clair au cours de la seconde guerre mondiale. Du coup, il se demande comment gérer la nouvelle vague de prodiges masqués, qui amène autant de chaos que de paix...

A la manière du récent C'est un oiseau également paru chez Panini comics en septembre, L'œil de l'objectif prend le contre-pied de la littérature super-héroïque : le héros est un vieil homme malade, largué, qui fait le point de sa vie et se sent d'autant
plus faible qu'il a passé son temps à photographier des êtres hors du commun. A regarder sans cesse vers le haut, il a fini par se sentir bien petit, malgré les mérites "normaux" qu'il a pu avoir : élever ses enfants, faire réfléchir le grand public grâce à ses clichés, se montrer humain avec une fillette mutante... Finalement, la chronique des héros Marvel ne sert ici que de toile de fond lointaine à l'introspection du personnage. L'art de Jay Anacleto, malgré quelques larges images trépidantes, crée surtout une ambiance intime et chargée d'un semblant de réalité. Sans être aussi culte que le premier, ce Marvels complémentaire a le mérite de ne pas miser sur la surenchère (on pourrait même parler de "sous-enchère", à ce stade), et choisit de brosser le tableau doux-amer et cruel d'une vie qui se finit, en prenant acte de la fin d'une ère d'innocence pour les mythes. Un peu tristoune mais pas exempt d'espoir.


#1 - Just One Little Thing / Une toute petite chose (décembre 2008)
#2 - Making Sense of the World / Donner un sens au monde (janvier 2009)
#3 - Shadows Within / Le côté obscur (mars 2009)
#4 - Deep Wounds / Blessures profondes (avril 2009)
#5 - A Whole Lot of Paper / Un tas de papier (juin 2009)
#6 - Closing the Book / Dernière page (février 2010)

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