8/10Margot la folle

/ Critique - écrit par athanagor, le 15/12/2010
Notre verdict : 8/10 - Tout feu, tout flamand (Ecrivez votre critique)

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A nouveau, la collection Carrément BD propose un ouvrage différent, sur un thème inhabituel et fou, qui se love dans la peinture flamande du 16e siècle pour marquer sa différence.

Survivant dans les décombres d'un village ravagé par la peste, Margot voit son homme, son Marinus, prendre une flèche en plein poitrail lors d'une querelle avec leur dernier voisin. Celui-ci jure pourtant n'y être pour rien, mais pas le temps de tirer ça au clair : Marinus est emporté par des squelettes facétieux et Margot n'entend pas le leur laisser, elle doit donc se jeter à leur poursuite et récupérer son Marinus coûte que coûte.

Sur ce postulat un peu halluciné, mais qu'on mettra volontiers sur le compte de la fièvre provoquée par la peste, Margot va vivre une aventure incroyable, épaulée par des mercenaires rencontrés au hasard d'une taverne, où elle prît
un verre avec Skepiete, le squelette au miroir. Pourchassée par le cheval d'un des cavaliers de l'apocalypse, au milieu de coffres et de tirelires qui s'entretuent, de têtes sans corps mais avec des bras dans les oreilles et des pieds dans la gorge, elle va devoir traverser tout le pays pour retrouver son Marinus. Ce pays, c'est celui effrayant et comique, édifiant et imaginatif des représentations infernales et oniriques de la peinture flamande du 16 siècle, plus particulièrement celle de Bruegel (surtout La chute des anges rebelles, Les proverbes flamands et La Tour de Babel), où viennent aussi s'ébattre quelques créatures du bestiaire de Jérôme Bosch. C'est en effet, dans ce paysage instable et dans un dialecte piqué de mots flamands que Muriel Blondeau raconte son histoire, cette quête folle d'une vielle qui prend les armes et en remontre à ses camarades par son courage, pour récupérer son homme et se venger de ceux qui le lui ont pris, comme si elle se vengeait de toute sa misère. En effet, elle ne demandait rien, finissant sa vie dans sa modeste maison dans un village anéanti par le fléau, mais avec son homme. Pourtant le sort lui a refusé même ce simple bonheur. C'est alors une rage immense et incontrôlée qui éclos de cette profonde tristesse, s'exprimant par une détermination inébranlable au milieu d'une folie furieuse qui tord la réalité. La folie de Margot ne s'exprime pas dans son comportement, mais dans le milieu où elle exerce sa volonté inébranlable de punir ceux qui cherchent à la rendre plus misérable qu'elle ne l'est déjà.

Malgré un dessin qu'on ne saura qualifier de beau, Muriel Blondeau développe néanmoins un trait qui a l'avantage d'une vraie mobilité, lui permettant une grande liberté dans l'utilisation des représentations délirantes tirées de ses références picturales. Ce trait, à la qualité discutable et aux contours hésitants, permet même de renforcer l'impression de panique et d'urgence qui pousse l'héroïne. Celle-ci, étant folle, n'aurait pas exprimé son caractère et sa douleur avec autant de poésie dans un ouvrage propre, à la technique irréprochable. C'est l'émotion qui parle dans ce trait, c'est la folie qu'il traduit, c'est la douleur qu'il donne à voir, c'est de l'art qu'il propose.

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