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Madame

/ Critique - écrit par Maixent, le 26/04/2014

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Le SM fascine d'autant plus quand il perturbe autant par le dessin que par sa violence psychologique et physique.

Comme son nom ne l’indique pas, Jack-Henry Hopper était un artiste Belge décédé en 1993 laissant une œuvre érotique dont la série Madame est la parfaite illustration, reprise ici dans son intégralité.


Punition et orties
Auteur discret, il laisse cependant derrière lui une héroïne forte et complexe en la personne de Madame, maîtresse experte en sadomasochisme. Au-delà de sa plastique voluptueuse, sa poitrine surdimensionnée et alléchante, ses tenues en cuir moulantes et son regard sévère et digne, elle est un personnage remarquable par sa complexité. Bien loin du modèle de la Domina caricaturale, elle est avant tout une femme du monde au port altier et à l’éducation irréprochable, exerçant son rôle avec un véritable savoir-faire, prenant au sérieux ce métier qui lui permet de vivre suite au départ de son mari. Cela aurait pu s’arrêter là sans la perversité de l’auteur qui nous entraine vers quelque chose de plus malsain et excitant lorsque la fille de Madame entre en scène.

Le récit est linéaire. Nous découvrons donc le métier de Madame jusqu’à l’arrivée de la jeune et effrontée Martine, sa fille. La Domina essaye bien de cacher ses activités à cette dernière mais c’est peine perdue, d’autant plus qu’elle n’attend qu’une chose, suivre les pas de sa mère qui accepte à contre cœur de l’éduquer avant de se rendre compte des dispositions naturelles de l’enfant pour ce genre de choses. Il y a dans le récit une portée psychologique, Madame étant tourmentée entre son inquiétude de mère et sa fierté de mentor face à Martine confrontée aux clients qu’elle nomme des « malades ». Et en effet, les deux femmes sont face aux pires extrêmes, gardant malgré tout une contenance aristocratique et un détachement remarquable dans les pires situations. Ainsi Madame saura conserver son sang froid quand lors d’une orgie le
Première fois 
père de Martine tentera d’abuser de sa fille sous couvert d’un masque, mais toute bonne punition prend le temps d’être murie.

Les scènes sont d’une rare violence. En plus de cette manipulation mentale que l’auteur exerce sur le lecteur et une sexualité intellectualisée, en convoquant des tabous comme l’inceste ou la monstruosité dans une fantasmatique exacerbée, les actes même perpétrés par les personnages  vont très loin. Les verges sont fouettées jusqu’au sang, les faisant grossir jusqu’à l’ignominie, les tortures physiques sont cruelles et humiliantes conviant toutes les dépravations possibles et imaginables. Les soumis le sont pleinement, avec une exagération propre à la bande dessinée qui aurait tué toute personne réelle. Les personnages se complaisent sans simulacre dans la jouissance et la souffrance, en demandant toujours plus, se meurtrissant l’âme et le corps. Madame se fera fouetter jusqu’à l’évanouissement pour avoir laissé un de ses
Initiation
clients déflorer sa fille devant ses yeux, malgré le consentement de celle-ci et le plaisir évident qu’elle a pris. Les hommes rebelles se font sodomiser par toutes sortes d’objets et bien d’autres tourments. La femme volage est confiée à Madame pour sa rééducation et lui apprendre à ne surtout pas recommencer.

L’auteur joue sur le dégoût et tous les codes BDSM qui sont présents dans chaque case, voire dans les éléments du décor. Chaque scène a un rapport fetish d’autant plus rendu par un travail sur les textures. On ne peut imaginer les noirs sans sentir la délicatesse du vinyle ou la morsure du cuir. Et même si le dessin évolue au fil de l’album, allant d’un trait entre Riverstone et Manara à un tracé plus grossier rappelant les fumetti à l’encre baveuse, on garde une qualité générale de l’ensemble qui embarque le lecteur.

Ce qui ressort de cet ouvrage, c’est cette outrance dans la violence faisant passer les vidéos de Kink pour un programme pour enfants. Rarement on est allé aussi loin dans la torture, et surtout avec une telle finesse. Car Madame ne se contente pas de râles ou de phrases toutes faites, la construction des dialogues est intéressante et participe à l’excitation du lecteur accaparé de tous côtés, bousculé dans sa zone de confort. Un ouvrage extrême à garer précieusement de côté et à faire lire à son soumis pour lui montrer tout ce qu’il risque s’il n’est pas obéissant.

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