8.5/10Macadam

/ Critique - écrit par iscarioth, le 28/01/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Tome 1 (Ecrivez votre critique)

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Macadam ne révolutionne pas le genre policier mais se place à deux longueurs d'avance par rapport à la plupart des autres bandes dessinées du genre.

« Les honneurs, la patrie, les conquêtes et les colonies. On a déjà vu le résultat de ces conneries. Alors, va-t-on continuer à se laisser manoeuvrer par la haine malsaine d'un déséquilibré mental ? Je vous rappelle qu'il prône la ségrégation raciale, je vous rappelle encore que cet homme n'est pas normal et ce, depuis la déconvenue de la guerre d'Algérie qu'il n'a pas digéré... » - NTM

Ça sentait mauvais, fin des années quatre-vingt-dix. En 1995, des municipalités FN sont élues dans diverses villes du sud de la France, dont Orange et Toulon. De véritables petites autocraties fascistes vont s'installer dans ces villes. La cité symbole de cette période est très certainement Vitrolles, qui, sous le commandement du maire FN Catherine Mégret, s'est transformé en un véritable bastion de lutte anti-immigré. De véritables élans fascistes contemporains qui font déjà parti de notre histoire, mais dont on n'est pas près de voir la trace dans nos livres scolaires avant très longtemps...

La haine

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Tome 1, Max
Fort heureusement, la fiction vient parfois témoigner de faits trop honteux pour apparaître rapidement dans des oeuvres documentaires. Macadam n'est pas qu'une simple série BD policière. Il s'agit d'une fiction nous emmenant dans la France de la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix. La France d'hier et d'aujourd'hui, la France que l'on ne représente que trop peu, la France tout en noirceur.
Les manifestations de chômeurs devant l'ANPE, les policiers inscrits en masse au FN, les tombes juives saccagées, les cités comme des poudrières, les violences et bavures policières, l'impudeur des médias, les vieilles rancoeurs de la guerre d'Algérie, les policiers et les magistrats gangrenés par l'antisémitisme et le racisme... C'est dans cette France là que nous plonge Macadam et plus particulièrement Max, le premier tome.

Mécanique classique mais fournie

Max est un lieutenant de police officiant à Lyon. Après une grosse bavure (il tue un adolescent de 14 ans), il souffre d'une sale réputation (on l'appelle le flingueur) et est muté à Orange, une ville du sud en pleine effervescence fasciste. Le premier tome, Max, raconte son enquête sur la profanation d'un cimetière juif. Notre héros est ensuite muté à Aix en Provence où il traque un psychopathe qui démembre ses victimes. Le premier tome de Macadam est le plus politisé et le plus dénonciateur. En plus de dépeindre d'un oeil extrêmement acerbe la France d'hier et d'aujourd'hui, Lacaf met le doigt sur des vérités qui font mal, comme les commissaires de police, qui poussent leurs hommes à « faire du chiffre »... Les deux derniers opus, Le chant du bourreau et L'étau, même s'ils sont moins dénonciateurs et plus basé sur une mécanique policière traditionnelle, conservent toujours la thématique des associations nazies et des hauts dignitaires corrompus. Le chant du bourreau renvoie à beaucoup aux films du genre psychokiller. Le lecteur se met dans la peau du psychopathe en observant ses préméditations. L'étau commence quant à lui en course-poursuite pour finir en chasse à l'homme. L'ensemble fait preuve de beaucoup d'honnêteté dans la violence.

Il manquait des êtres humains chez les héros

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Tome 2, Le chant du bourreau
D'une manière générale, les enquêtes menées par Max Klein sont assez classiques même si très alambiqués et fouillées. Le héros donne un peu dans le cliché, sans être véritablement présenté comme un superflic. Evidemment, pas une femme ne lui résiste, il couche avec tous les personnages féminins de la série (ou presque). Par contre, Klein n'est jamais maître des événements. Il traque un meurtrier qui lui glisse entre les doigts deux tomes durant et ses enquêtes progressent surtout grâce à ses collègues et amis qui lui mâchent beaucoup le travail (Mollard et Pietro). Klein s'avère être un personnage principal très charismatique sans être capable de résoudre une affaire à lui seul, ce qui nous change bien des action men insupportables que l'on trouve dans des séries comme Largo Winch, XIII, Tony Corso ou Imago Mundi... Max commet beaucoup d'erreurs (les bavures) et se montre à tort assez impulsif. Et puis, comble pour un héros de série policière, il est loin de gagner à tous les coups ! Le personnage a aussi un petit coté spirituel car il commence à peine à découvrir son passé (il vient d'apprendre qu'il est juif).

Bien dosé en sourires

La série se montre souvent très noire, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un coté franchement humoristique. La lecture des trois albums est très savoureuse car ceux-ci fourmillent de détails amusants (un second rôle qui ressemble à Jean Yanne, un poste de télévision affichant le Bigdil, un tableau de Goya...). Les relations hiérarchiques et sentimentales entres les personnages amusent aussi beaucoup, notamment grâce à des dialogues bien menés (les coups de fils récurrents du père au fils). A l'instar d'auteurs comme Frank Margerin, Fabien Lacaf utilise une technique narrative qui a fait ses preuves en matière d'humour : la vignette à scènes multiples. En lisant Macadam, on peut découvrir en arrière ou en avant plan, des saynètes annexes à l'histoire principale : un couple de vieux portant plainte pour des nains de jardins volés par le FLNJ, un voleur de pomme qui cherche à rester en prison...

Un dessin plaisant mais approximatif

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Tome 3, L'étau
Le dessin de Fabien Lacaf atteint un bon niveau même s'il est parfois très approximatif dans la perspective. On trouve quelques erreurs anatomiques ainsi que des maladresses dans la reproduction à l'identique d'objets statiques sur plusieurs cases. Quelques boulettes, par ci par là, qui ne dérangeront que les grands puristes et autres bédéphiles obsessionnels...

Macadam ne révolutionne pas le genre policier mais se place à deux longueurs d'avance par rapport à la plupart des autres bandes dessinées du genre. Tout d'abord, la série nous dévoile une France que l'on n'ose jamais représenter, même en fiction, et ensuite, elle place au centre de son récit un héros qui n'est pas infaillible. La série semble être en stand-by depuis 2001 et, vraisemblablement, il y a très peu de chances pour qu'elle reprenne un jour le chemin des nouveautés. Tant pis, ces trois tomes valent tout de même largement le détour.


Tome 1 : Max (1999)
Tome 2 : Le Chant du bourreau (2000)
Tome 3 : L'étau (2001)

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