8/10Lune de guerre

/ Critique - écrit par iscarioth, le 01/01/2006
Notre verdict : 8/10 - La bêtise humaine (Ecrivez votre critique)

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Lune de Guerre est un sommet d'Aire Libre, collection qui compte un nombre incalculable de grandes réussites. Un one-shot à découvrir.

Rencontre au sommet

Lune de Guerre surprend tout d'abord par un étonnant mariage, celui de Hermann et de Van Hamme, deux monstres sacrés de la bande dessinée franco-belge qui n'avaient jusqu'alors jamais collaboré ensemble. Tout le monde connaît Jean Van Hamme, le scénariste des célébrissimes Thorgal, XIII, Largo Winch et autres Maîtres de l'orge... Hermann, moins connu du grand public, jouit toutefois d'un prestige au moins égal à Van Hamme auprès des bédéphiles. Hermann est derrière des séries à forte longévité comme Comanche, Jeremiah ou Jugurtha mais s'est aussi distingué avec des one-shot d'une grande qualité qui ont fait les beaux jours des collections Aire Libre (Dupuis) et Signé (Le Lombard) : Caatinga, Manhattan Beach 1957, On a tué Wild Bill, Missié Vandisandi, pour ne citer qu'eux...

L'histoire

Lune de guerre propose un mariage en apparence moins surprenant que celui consumé par les deux auteurs pour cet album. En province, dans un coin très campagnard, deux familles se réunissent dans un restaurant pour fêter le mariage de leurs enfants. Tout se passe pour le mieux, jusqu'à l'arrivée de ces fameuses tomates aux crevettes pas fraîches...

30 Personnages en 70 Pages

Un mariage, c'est forcément beaucoup de personnes Quand ce mariage se déroule dans une auberge, il faut rajouter aux deux familles d'autres clients mais bien sûr aussi le personnel de restauration. En comptant le chien, on arrive à un joli total de trente âmes. Trente personnes pour soixante-dix pages de BD, il fallait oser. Mais, en plus d'oser, les auteurs ont-ils assumés ? Faire assimiler 30 personnalités différentes est déjà bien difficile à faire sur l'ensemble d'une série, aussi longue soit-elle, alors imaginez un peu un one-shot ! Autant le dire franchement, à moins d'être un surdoué du neuvième art, il est impossible de comprendre tous les liens de parentés et de saisir la place et même l'existence de tous les personnages qui peuplent Lune de Guerre. A moins, bien sûr, d'avoir relu l'ouvrage de nombreuses fois. Les personnages masculins ont tendance à se ressembler, ce qui accentue encore les difficultés qu'a le lecteur à dissocier et à assimiler. La moitié de l'album prend place la nuit (d'où le titre) : cette autre donne ne facilite pas non plus les choses. Bien sûr, on repère assez vite les personnages dominants (le chef du restaurant et le père de famille, les deux « commandants » des deux camps respectifs). Mais, on s'en rend compte en consultant, après lecture, les portraits proposés en début d'album, on passe au travers de bien des personnages. Dans Lune de guerre, les personnages sont soit des « rôles secondaires » transparents, soit des stéréotypes (la famille anglaise).

Domination et Démesure

Pourtant, on y croit. Le chef de famille se révèle être une belle ordure que l'on a bigrement envie de dépecer. La famille Maillard est très inquiétante et malsaine. Rapidement, le lecteur sait qui craindre et à qui s'identifier. Lune de guerre propose une surenchère de violences surréaliste. On pourrait croire cette escalade de fureur improbable, mais bien des histoires qui ne sont pas des fictions ont démontrés que la bêtise humaine, dans les situations de conflit, ne connaît pas de limite. Fierté, vengeance, fureur, puissance, domination, démesure, soumission... On peut dire de Lune de guerre qu'il est un huis clos qui n'en a pas l'allure. Au coeur d'une guerre improbable, le chef de famille Maillard, gros monstre fasciste, décide, et tout le monde doit obéir. La famille n'a plus qu'à suivre servilement. Il est incroyable de constater avec quel talent Van Hamme a su broder cette intense histoire autour d'une simple anecdote. Comme le scénariste l'explique en introduction, les faits relatés dans l'album sont authentiques.... jusqu'à la cinquième page ! Le final est quant à lui peut être un peu trop expédié et théâtral. Des déclarations tonitruantes, pistolet à la main, entre père et fils et au milieu des flammes, c'est pousser le bouchon un peu trop loin.

Dessin à haute tension

Au niveau graphique, pas de surprise pour les habitués de Hermann. On retrouve le dessinateur en pleine forme avec ses immenses talents de coloristes. L'artiste maîtrise à cent pour cent sa technique des couleurs directes. Ses paysages de campagne étonnent toujours pour leurs richesses de coloris (on peut trouver des ressemblances avec les bande dessinées de Gibrat). Les visages sont fort bien réalisés. Les personnages sont hideux, leurs traits sont torturés, leur teint est sévère. Avant même le début des hostilités, le lecteur est déjà crispé par ces mines patibulaires. Ses adeptes le savent, Hermann maîtrise vraiment ce que l'on peut appeler le dessin réaliste « à haute tension ». Van Hamme en était conscient, et c'est pourquoi il a longtemps gardé cette histoire dans un coin de sa tête pour le jour où il collaborerai finalement avec le dessinateur...


Lune de Guerre est un sommet d'Aire Libre, collection qui compte un nombre incalculable de grandes réussites. Un one-shot à découvrir.

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