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6.5/10Lily Love Peacock

/ Critique - écrit par iscarioth, le 13/11/2006
Notre verdict : 6.5/10 - Punk bourgeois (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Une oeuvre de contenu, articulée avec une grande maîtrise et mise en image de manière intéressante bien que troublante.

La collection Ecritures de Casterman donne dans le mille en fixant sa ligne éditoriale dans un genre dont raffolent les bédéphiles d'aujourd'hui : des ouvrages volumineux, qu'on appelle bien souvent « roman graphique » et qui permettent, bien plus que les traditionnels 48 ou 56 pages, de s'étendre à volonté sur des histoires et personnages. On compte déjà quelques fleurons comme Blankets, Quartier lointain ou encore Le commis voyageur... Mais ce n'est pas pour autant que toutes les publications se valent. La longueur, pour être une réelle qualité, se doit d'être croisée avec la consistance...

48140. L'album est centré autour du personnage tenant le rôle-titre : Lily Love Peacock, jolie jeune fille évoluant dans le business de la mode, en crise identitaire, souhaitant changer de vie. La couverture originelle la représentait seule, celle finalement retenue à l'impression la montre accompagnée de Rubis, une jeune blonde éprise d'aventure et de rock. La modification a du sens : on nous raconte tout autant l'histoire de Lily que sa rencontre avec Rubis. L'introduction nous fait découvrir les deux personnages encapuchonnés dans une voiture décapotable. La scène rappelle inévitablement la réalisation de Ridley Scott, Thelma et Louise, film pour lequel l'amitié fusionnelle des deux personnages féminin est au centre du récit. Mais ici, pas de road movie, ni de discours un tantinet féministe ou libertaire. Lily et Rubis sont, il faut bien le dire, deux jeunes filles issues d'un milieu très aisé et n'ont pas, dans la vie, la préoccupation de la survie ni celle de la faim. Rubis, qui a une conscience politique plus développée que sa collègue, l'avoue même à un moment du récit. La seule préoccupation des deux jeunes femmes, c'est leur épanouissement personnel. Enfants de notables, nos deux jeunes filles vivent la parfaite utopie bourgeoise et hippie du « sexe, drogue et rock'n'roll ». Rien de quotidien dans cet album. Le monde présenté est à des années lumière des préoccupations de tout un chacun, il est constitué de rêvasseries et de vagues questionnements existentiels. Être en dehors des réalités n'est pas forcément un défaut, la bande dessinée ne doit évidemment pas se constituer uniquement de récits fidèles à la réalité de la majorité. Cependant, le monde dans lequel on nous immerge en est presque, par moment, malsain. Par exemple, le père de Lily, vivant en Afrique, nous rappelle l'époque du colonialisme, avec un serviteur noir nommé Popeye, qui a un rapport à ses « maîtres » qui rappelle beaucoup le temps de l'esclavagisme.

48141. Lily Love Peacock se lit très facilement. Fred Bernard développe une mise en image très efficace, le contenu, visuel et textuel, défile sans accrocs. Il y a alternance, dans le récit, de deux types de discours : l'un observateur, rendant compte des discussions en nous montrant les personnages en action et l'autre onirique, le dialogue étant accompagné par une scène symbolique (des insectes, un défilé d'animaux ou encore une main dans une chaussette), sans qu'il y ait toujours de concordance franche et directe. Ce double ton rend la lecture fort riche, la narration tout à fait appréciable. Pour ce qui est du dessin, on croirait, à première vue, que Fred Bernard donne dans la stylisation et la simplification (c'est presque devenu une constante, dans la BD d'auteur d'aujourd'hui) jusqu'à l'extrême, à tel point que l'on doute à plusieurs moments du pedigree de l'auteur. Vérification faite, Fred Bernard a bien fait les Beaux Arts ainsi que l'Ecole Emile Cohl de Lyon, et n'est pas un obscur dessinateur dépêché d'un fanzine comme certaines vignettes pourraient le faire croire. Les visages, surtout masculins, sont semi caricaturaux. Le trait n'est pas stable, et les silhouettes s'allongent avec parfois de gros déséquilibres symétriques. Des effets voulus, semble-t-il donc, mais qui n'apportent pas forcément une caution de style et qui font plus l'effet, au premier regard, de maladresses débutantes (voir la page 119, et ses déformations flagrantes). Lily Love Peacock est sans réel fil conducteur. C'est un album qui raconte sans forcément aller quelque part. On pénètre l'intimité des personnages, leurs pensées. Le tout est saupoudré d'érotisme, un érotisme flagrant rien qu'au feuilletage (la fouille gynécologique par l'espèce de corbeau). Sans forcément représenter l'amour, Fred Bernard dessine la plupart du temps ses héroïnes légèrement vêtues ou nues.


Une bande dessinée à déconseiller aux lecteurs les plus en difficulté (la bande dessinée est-elle encore pratiquée par ceux ayant peu de moyens financiers ?), tant le luxe et la bohême des préoccupations déployées par les personnages sont forts. Malgré tout, une oeuvre de contenu, articulée avec une grande maîtrise et mise en image de manière intéressante bien que troublante.

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