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8.5/10Les instincts pervers

/ Critique - écrit par Maixent, le 22/02/2011
Notre verdict : 8.5/10 - Au-delà de l'humanité (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - laisser un commentaire

Une bande dessinée au-delà du trash et du malsain mais possédant des qualités indéniables. Des ouvrages de révérence pour un public conscient et averti qui saura faire la différence entre réel et fiction. Une chose est sûre c'est cet impression de malaise durant tout le récit qui tient cependant le lecteur en haleine.

Sous le pseudonyme de Bruce Morgan se cache en fait un auteur de bandes dessinées jeunesse. Inutile de révéler ici de qui il s’agit, si l’auteur a choisi de dissocier son travail, c’est pour ne pas que son jeune lectorat tombe sur des œuvres qui ne lui sont pas destinées et cette précaution est toute à son honneur. Que ceux qui veulent vraiment savoir fassent des recherches sur le net.
Cette précaution vaut d’autant plus que le travail érotique de Bruce Morgan n’est pas à réserver à un public averti, mais à un public plus qu’averti, voire féru de littérature érotique et possédant un sens de la distanciation à toute épreuve. On connaît la bd érotique, Manara par exemple, la bd pornographique, Magnus, la bd trash, Jacobsen, mais rarement un tel niveau de malaise pornographique et d’obscénité avait été atteint.

Au feu les pompiers
Comme dans le film Salo ou les 120 jours de Sodome de Pasolini, on éprouve une excitation honteuse face à une telle humiliation des personnages. On se sent sale d’éprouver du plaisir à de telles tortures tant mentales que physiques, comme si l’abjection de ce que l’on avait sous les yeux était si repoussante qu’elle n’avait d’autre moyen de s’exprimer que par une autre force incompressible, l’orgasme. C’est cette capacité fantasmée, ce ressenti, comme si l’on était en train de vomir et de jouir en même temps, et ce à cause d’un même et unique objet.
Ici, l’objet se nomme Valérie, puis Sylvie. On parlera d’objets à dessein car jamais personnages féminins n’ont été plus soumis et déshumanisés. En quatre tomes qui se composent de L’institutrice, L’esclave sexuelle, La revanche et La vicieuse, regroupés sous le nom de Les instincts pervers, Bruce Morgan fait subir à ses héroïnes les pires outrages que l’on puisse imaginer ou que l’on préférait ne pas imaginer, encore moins imprimer. À noter que le tome 3, La revanche étant introuvable, nous présupposerons de son contenu, sachant  que son absence ne gâche rien à la narration car nous retrouvons les deux héroïnes, cette fois-ci réunies dans le dernier tome.
Nous suivons d’abord le parcours de Valérie qui se pose comme la véritable
Vacances vivifiantes à la campagne
narratrice car la première page s’ouvre sur une lettre de sa main adressée aux éditions Dynamite et proposant de raconter son histoire afin qu’un dessinateur puisse la mettre en image. Catapultée par l’Education Nationale dans un petit village perdu des Pyrénées en tant qu’institutrice, elle doit faire face à la solitude puis aux avances de plus en plus poussées des villageois. Ce qui commence assez sagement va vite dégénérer avec la rencontre d’Alain Gérard, acteur célèbre installé dans la région. Une idylle se noue, Valérie éprouvant de plus en plus de sentiments pour cet homme, qui lui comprend très vite le potentiel de soumise de Valérie. Tout s’enchaîne alors très vite, sans pour autant que cela paraisse artificiel, et tout en gardant une cohérence. D’abord sodomisée de force, elle est ensuite contrainte d’accepter une partie à trois avec le maire du village qu’elle repoussait depuis des semaines, mais elle se soumet toujours par amour, emportée dans un tourbillon de plaisir, d’abandon de soi et de luxure. Pour finir, tous les hommes du village y passeront avant qu’elle ne demande sa mutation mais elle sera marquée à vie par cette expérience. Elle se retrouve alors dans la banlieue parisienne où elle vit une relation avec sa voisine de palier mais ses besoins pervertis vont l’entraîner dans des gang bangs de plus en plus dégueulasses. D’abord trois vieux, puis tous les membres d’une caserne de pompiers pour finir comme pute de chantier, soumises à une quinzaine d’hommes avides. Mais ce n’est pas fini. Consciente du caractère particulier de ses attirances, elle tente de rentrer dans le droit chemin en essayant une relation standard avec un jeune homme. Frustrée et maintenant consciente qu’elle ne peut plus vivre autrement que flétrie, martyrisée et humiliée, elle passe une annonce explicite : « Véritable salope, vraie vide-couilles, cherche homme ou groupe d’hommes pour me défoncer sans retenue ». Ce sera le point culminant de ce premier tome. À la merci d’une quinzaine d’hommes se servant d’elle de toutes les façons les plus ignominieuses qui soient, ils seront tellement dégoûtés par la suite face à cette femme qu’ils l’abandonneront à son triste sort, recouverte de leur pisse et de leur sperme. Elle part donc dans le Berry histoire de trouver quelqu’un pouvant répondre à ses attentes, dans une ferme, celle-là même où a été formée Sylvie.

Sylvie à la douche
Le deuxième tome traite de la formation de Sylvie par son oncle. Déjà libertine, le recueil s’ouvre sur le dépucelage de Sylvie par son propre frère avant le départ de celui-ci pour Paris. Elle reste donc seule avec son oncle, paysan rude et brutal qui n’hésite pas à la violer, mais cette humiliation dégoûtante plait à Sylvie. Ce qui lui plaît moins c’est d’être prostituée par son oncle afin de payer les études de son frère. Lorsqu’elle finit à quatre pattes dans la cour, prise par un chien devant un groupe d’hommes, elle décide de partir à Paris. Hélas les hommes à Paris ne sont pas plus tendres avec elle qu’en province. Elle finit dans un peep-show sordide pour pouvoir subsister et y rencontre Jean, riche quadragénaire qui la prend sous son aile, mais ce ne sera que pour l’humilier d’autant plus, lui enlevant jusqu’à sa féminité en lui faisant raser la tête par des convives de la haute bourgeoisie. On y voit Bruce Morgan lui-même (ou un personnage lui ressemblant traits pour traits) la sodomisant violement après lui avoir fait boire un bol de foutre sorti directement de son cul.
Enfin le dernier tome, puisqu’on se passera du tome 3, est sans aucun doute le
Portrait de l'artiste en sodomite
plus sale. Les deux jeunes femmes sont constamment entourées de saletés, les mouches volent autour de leurs sexes poilus et odorants (si, on le sent, même à travers un dessin). Tout n’est que crachats, morve, sueur et jets de sperme à en avoir envie de vomir. Seules les scènes lesbiennes entre Sylvie et Valérie donnent un peu de répit au lecteur. Sylvie tombe à son tour sous la coupe de Jean qui se trouve être le proviseur de l’établissement dans lequel elle travaille. S’en suivra une scène particulièrement immonde dans les toilettes de l’école où Valérie sera souillée comme jamais. Mais tout est bien qui finit bien, Jean, Sylvie, Valérie et l’oncle se retrouvent tous dans la campagne où ils pourront s’ébattre joyeusement dans le fumier, le sang et la pisse.
Inutile de chercher un message dans tout cela. Bruce Morgan ne fait pas l’apologie de quoi que ce soit. Comme Pierre Louÿs n’incite pas à la pédophilie malgré la présence de très jeunes filles, Bruce Morgan ne dit pas qu’il faut soumettre et humilier les femmes. Il faut bien y voir ici un matériel narratif et des ressorts érotiques intellectualisés qui prennent forme uniquement sur le papier. Un féminisme irréfléchi pourrait considérer ces ouvrages comme dégradants pour la femme, et ils le sont d’une certaine façon, mais cela n’est en aucun cas le point de débat et nous sommes ici dans le fantasme et la fiction. Certes il existe des personnes intéressées par ces pratiques et l’auteur se base sans doute sur des expériences ou fantasmes personnels ou des faits qui lui ont été rapportés mais il ne faut en aucun cas faire l’amalgame. En ce sens, lire Bruce Morgan demande une certaine réflexion et ne doit pas être pris au sens littéral.

Valérie aux toilettes
En ce qui concerne le dessin, il est sobre et de qualité. L’auteur se définit plus comme un artisan que comme un artiste et le dessin sert la narration sans l’étouffer.  Le trait est souple, les angles de vue ne sont pas putassiers et le tout forme un ensemble harmonieux. Il semble que l’auteur ne cherche pas à plaire mais à être le plus juste possible dans son travail. On remarquera cependant au fil des albums une évolution dans le détail et dans la fluidité du trait.
Il s’agit de la bd la plus dérangeante et la plus hard qu’il m’ait été donné de lire. En même temps, elle repose sur un véritable travail graphique et narratif et sait évoluer dans un style souvent gratuit qu’est celui de la violence. Une chose est sûre c’est que l’on ne peut rester indifférent face à l’œuvre de Bruce Morgan, je ne pense pas cependant qu’il faille la mettre entre toutes les mains et qu’elle nécessite une véritable réflexion en amont afin de saisir les subtilités de l’horreur. Le style concis et ne s’encombrant pas de fioritures confère une approche frontale, un véritable choc pour le lecteur qui ne peut se raccrocher à une quelconque esthétique. C’est de l’obscénité pure sans être gratuite.

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