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9/10Les Bêtes de Black City - tome 1 - La chute des anges

/ Critique - écrit par Maixent, le 09/11/2011
Notre verdict : 9/10 - Les mystérieuses de l'Ouest (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Un album qui renoue avec les westerns spaghetti dans ce qu'ils ont de plus sombre. Une facture classique mais parfaitement menée qui entraîne le lecteur aux confins de la civilisation, là où seuls la force et le sexe font loi.

Le western en bande dessinée est un genre à part entière et il y a eu pléthore de récits mettant en scène des cow-boys au Far West. Au moins autant que de films sur le même thème. D’ailleurs, en voyant la couverture des Bêtes de Black City on peut penser avoir entre les mains un énième Blueberry dans le traitement du dessin et de la mise en page. Des danseuses de cabaret sorties tout droit du One Eyed Jacks de Twin Peaks, des bad guys avec de vraies têtes de truands, au fond une petite ville minable que l’on pourrait appeler Painful Gulch.

Mais il ne faut pas s’y fier car l’ouvrage n’a rien à voir avec un ouvrage grand
Jodie
public, encore moins une publication pour les enfants. On ne croisera pas Rantanplan au détour d’une ruelle ni des desperados de pacotille plus bêtes que méchants comme les Dalton. Mieux vaut imaginer derrière la façade le bordel répugnant dans lequel se réfugient les trois affreux  de The Devil's Rejects. Un bouge infâme et sinistre qui fait office de référence en matière de lieu glauque.

Le récit s’ouvre sur  les trois héroïnes. Les auteurs prennent soin de bien nous présenter celles que l’on appelait les anges de Black City, Jodie la raffinée, Enna l’as du Poker, et Eloïse à la voix cristalline, les trois coqueluches de la maison Deveraux, le bordel de la ville, le lieu le plus important. La ville est d’ailleurs le quatrième personnage,  véritable îlot de perdition qui survit tant mieux que mal dans un équilibre précaire, accueillant les rebuts de l’humanité. On sent dès le départ qu’il va se passer quelque chose de sordide très vite et on ne risque pas d’être déçu.

Les trois filles sont trop belles, trop libres dans leur esprit et il suffit d’une seule erreur de jugement pour qu’elles se retrouvent à la merci de la cruauté des
Enna
hommes, ou plutôt de bêtes sans scrupule prêtes à leur arracher par la force le peu qu’elles ont.  Dans une scène d’une rare cruauté,  ce qui commence par un travail quelconque, soit occuper quelques messieurs en galante compagnie se termine en véritable boucherie. C’est d’abord une orgie sympathique jusqu’à ce qu’une des filles se rende compte de l’infirmité physique de l’un des hommes, provoquant son ire, sa frustration, puis la haine brute de celle qui retire toute parcelle d’humanité. Le cercle infernal de la vengeance se met alors en place mais dans ce premier tome nous n’en aurons que les prémices.

Cet enfer est magistralement rendu par le coup de crayon et d’aquarelle  du jeune dessinateur italien, Lorenzo Nuti.  Pour son premier projet ambitieux, il a su mettre en avant un style bien particulier évoquant un travail de la chair proche de Jan Saudek avec des couleurs rappelant celle de la putréfaction tout
Eloïse
en restant chaudes dans les tons rouges et orangés de cette descente aux tréfonds de l’indicible. On peut aussi faire un parallèle avec le travail d'Eduardo Risso et notamment Fulù.   On confirme ici l’intérêt renouvelé de la bande dessinée pour les bordels comme on a pu le voir dans Chimère(s) ou Miss Pas Touche mais dans sa version la plus détestable. On est loin de l’apparat des maisons parisiennes dont les coulisses sont certes un abîme de souffrance mais qui gardent une certaine tenue en surface. Ici, on entre de plein pied dans l’horreur, sans aucun répit, il n’y a rien à sauver, tout est implacablement détruit, les espoirs comme les corps.

Ces brutes et ces truands (les bons sont absents) ne s’encombrent pas de censure et les scènes de sexe sont explicites sans être racoleuses, en parfaite adéquation avec le ton de l’album. Ca suinte, ça fait mal et s’il y a du plaisir il se trouve dans la douleur. Comme cette scène lesbienne où pendant que deux filles se donnent du plaisir, une troisième torture deux hommes, les cris de jouissances des femmes servant à couvrir les râles de souffrance des deux punis.

Au final on a un album parfaitement construit, suivant une narration simple et efficace, des personnages attachants ayant chacun des particularités marquées et une vraie « gueule » que l’on n’oublie pas. Le seul regret c’est de devoir attendre la suite pour voir comment les Anges de Black City achèveront leur vengeance et leurs bourreaux.

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