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7/10Les Aphrodites - tome 3 - Eulalie dans le manège

/ Critique - écrit par Maixent, le 16/11/2013
Notre verdict : 7/10 - Tournez manège (Ecrivez votre critique)

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On retrouve cette joyeuse bande de libertins en cette période troublée de la Révolution

L’adaptation du roman libertin d’Andréa de Nerciat se poursuit et déjà un troisième tome pour cette série admirablement dessinée qui nous plonge dans la communauté des Aphrodites, hédonistes convaincus dans une société de convenance, jouisseurs sans limites qui, par leur simple existence font office de révolutionnaires.


Bacchanale
Dans ce nouvel épisode, nous suivons plus particulièrement les aventures d’Eulalie, jeune fille brisée par un homme cruel et inconstant, ayant trouvé son salut dans les plaisirs de la chair, mais aussi d’autres destins de femmes. Sans que l’on puisse parler de saynètes, la construction narrative permet de focaliser sur plusieurs personnages tout en gardant une cohérence linéaire et même si l’on se perd parfois parmi les nombreux acteurs de cette scène érotique, on peut du moins aborder différents points de vue. La structure est d’ailleurs propre à une époque, on retrouve un libertinage badin et bucolique mis en avant par le dessin proche des tableaux de Watteau. On s’inscrit d’ailleurs dans la tradition des Fêtes Galantes, ces réunions ludiques en plein air organisées par les aristocrates oisifs qui sont devenus un genre pictural à part entière. Tous participent à ces orgies majestueuses avec la retenue de leur siècle et une distinction dont ils ne se séparent jamais même dans les moments les plus grivois. On découvre ici l’envers du décor de cette bonne société qui, tout comme une population plus rustique, aime se délecter des plaisirs terrestres les plus simples.

Concernant l’album lui-même, on conserve les défauts et les qualités des tomes
Culte du  plaisir
un et deux. Soit pour résumer, un dessin inspiré du dix-huitième siècle, porteur d’une culture et d’un imaginaire érotique précis, parfaitement maîtrisé, et l’utilisation du texte originel, ce qui perturbe un peu la compréhension mais donne à l’ensemble un certain charme. Ce troisième tome est plus aventureux cependant au niveau de la construction avec des planches chargées jouant sur la confusion des corps, on se tourne même parfois vers un monde onirique, déifiant le désir. On garde cette distanciation érotique propre à Nerciat, l’album transgresse plus qu’il n’excite, jouant avec l’imaginaire du lecteur malgré l’imagerie présente. Rien n’est caché mais rien n’est non plus montré en gros plan pour appâter le lecteur et on est plus happé par l’idée de cette femme portant un gode ceinture et l’essayant sur sa cousine que par la scène elle-même. La subtilité reste le maître mot.


Un nouveau jouet
Ce qui est surtout préjudiciable, outre la confusion des personnages, c’est cet aspect figé. On rentre dans les Aphrodites comme dans un vieux musée poussiéreux tenu par un gardien légèrement goguenard mais qui n’hésitera pas à nous tancer vertement si l’on s’approche trop près des œuvres. L’érotisme qui se dégage de l’ensemble est trop maîtrisé et si l’on se pâme devant la qualité du dessin et la tournure ampoulée des phrases, on en oublie l’excitation. Certaines scènes sont touchantes et pourraient acquérir une charge érotique plus forte comme la prise du pucelage de Violette qui, telle une héroïne de BD porno se donne avec plaisir et gourmandise, enfin comblée après des mois d’attente, et ce, sans aucune douleur.

Au final, on reste dans la continuité avec une qualité égale mais une distance se crée vis-à-vis de l’objet lui-même. On garde les Aphrodites comme une belle œuvre dans sa bibliothèque, fier de posséder une œuvre de qualité, reste que ce n’est pas ce qu’on relit le plus souvent.

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