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7/10Les Aphrodites - tome 1 - Intrigante Agathe

/ Critique - écrit par Maixent, le 27/02/2011
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Un album sublime dans le traitement du dessin et les choix graphiques mais qui ne dépasse pas vraiment sa valeur d'illustration. Malgré un travail remarquable d'un point de vu graphique et intellectuel, l'ennui règne. C'est une curiosa sans la valeur du temps qui fait sa force.

Cette bande dessinée est une adaptation d’un roman d'Andréat de Nerciat (1739-1800), qui, comme la majeure partie de son œuvre traite d’un érotisme libre et convivial. Sa biographie chaotique comporte de grandes zones d’ombre. Pour mieux cerner le personnage, il a été membre de sociétés secrètes de libertinage, agent secret, voire agent double à l’occasion, il eut une implication trouble lors de la Révolution, et il connut de nombreux revers de fortunes ainsi que l’enfermement des cachots. Son œuvre est en grande partie autobiographique.

Le retour du fils prodigue
Emmanuel Murzeau est né quelque 230 ans plus tard, mais a su se rapprocher du style de Nerciat en une étroite collaboration posthume. Illustrateur et dessinateur, il enseigne à la Games Academy de Berlin et a déjà plusieurs albums à son actif.
L’ouvrage tient son titre d’une communauté libertine secrète du XVIIIe siècle. Le problème avec les sociétés secrètes, et c’est une lapalissade que de dire cela, c’est qu’il n’est pas facile de trouver des informations sur elles. Ainsi, nous n’avons que peu de précisions sur l’ordre de la Fraternité des Aphrodites, aussi nommés les Morosophes. Il s’agit d’une association de plaisir pratiquant le libertinage, se situant près de Paris et comptant environ deux cents adeptes. Cependant, il n’y a pas vraiment de sources autres que le roman de Nerciat, ce qui est tout de même un peu léger pour émettre des certitudes. Mais gageons que cette société ait vraiment existé, cela rend l’ouvrage d’autant plus intéressant et excitant. Après tout, il n’est pas interdit de pervertir l’Histoire au profit de son imagination tant que l’on ne se pose pas en dictateur.
Ce qui frappe d’emblée lorsque l’on tient l’ouvrage entre ses mains, c’est la
Le plaisir immuable de trousser la bonne
technique du dessin. Difficile de se rendre compte des méthodes utilisées sans voir les originaux mais il semblerait que l’auteur utilise plusieurs techniques, mélangeant habilement l’aquarelle, le fusain et le lavis (mais je peux me tromper grossièrement) sur papier épais et grisé. En ressort des esquisses comparables à une eau-forte, une apparence vieillie et datée qui nous fait pénétrer d’emblée dans une autre époque. De plus, le traitement des paysages, de l’architecture ou des vêtements rappelle celui de Watteau ou des peintres flamands de cette même époque. On est donc plongé dans une époque qui, en bd, correspond à celle de Janice.
Ici le traitement est différent, déjà dans le dessin, qui donne un côté romantique et bucolique un peu passé, comme lorsque l’on regarde de vieilles photos en noir en blanc et qui estompe l’excitation érotique. On ne ressent pas la même chose devant un daguerréotype érotique et une photo pornographique actuelle, même si l’intention est la même, l’objet érotique s’étant déplacé avec le temps. L’aspect esthétique gomme donc un peu l’aspect érotique, de même que les protagonistes
Au bain

s’exprimant en vieux français. Cela demande une capacité de concentration au détriment des jupes relevées. C’est donc un objet érotique intellectualisé auquel nous avons à faire et il est nécessaire de s’y plonger avec concentration pour en saisir toutes les subtilités. Pas de pornographie frontale, mais du raffinement jusque dans les actes sexuels malgré une liberté de ton. Il ne s’agit pas de sexe vulgaire, mais d’un plaisir des sens qui se construit au fil des pages, titillant notre imagination avec assurance sous la conduite de Madame Durut, intrigante faisant office maîtresse de maison et gérant avec subtilité tous ces gens réunis pour le plaisir. En effet, ce premier tome introduit une galerie de personnages s’ébattant joyeusement tout en conservant une certaine réserve de classe tandis qu’une intrigue se noue doucement au fil des pages et dont le fin mot apparaîtra sans doute dans le tome 2. 
Un très bel objet fini et travaillé, libertin au sens noble, qui s’inscrit dans la tradition classique. On peut dire qu’il s’agit d’une curiosa moderne, mais exempte de modernité, ce qui la ramène à la simple valeur d’illustration et gâche un peu l'effet.

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