6.5/10Le Légataire - Tome 1 - Le rendez-vous de Glasgow

/ Critique - écrit par iscarioth, le 15/01/2006
Notre verdict : 6.5/10 - Attention aux rallonges (Ecrivez votre critique)

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On peut présumer que cette séquelle rencontrera un succès bien moindre à celui du Décalogue...

Au commencement était le Décalogue...

Le décalogue est la série qui a permis la reconnaissance de Frank Giroud auprès d'un large public. C'est une série que l'on peut déjà voir comme ayant inauguré une formule d'écriture - la série à dessinateurs multiples - et qui sera peut être à l'avenir reconnue comme créatrice d'une genre à part entière. Mais Le décalogue, s'il demeure un incontestable succès de librairie, n'est pas le chef d'oeuvre de Frank Giroud. Gageons d'ailleurs que ce chef d'oeuvre n'est toujours pas paru et qu'il faudra regarder du côté de Quintett pour le trouver... Mais ne nous égarons pas. Fin 2003, une première déception arrive avec Le XIe commandement qui, avec incohérence et inutilité, rajoute un opus au Décalogue, une rallonge commerciale et scénaristiquement catastrophique, cassant l'unité des dix albums de base. En ce début 2006, on apprend avec un certain déplaisir que la « rallonge » ne s'arrêtera pas là. Sont prévus pour les six premiers mois de l'année 2006, la mise en vente de deux séries parallèles au Décalogue : Le légataire (pour janvier, avec Béhé au dessin) et les Fleury-Nadal (pour mai, avec Rollin). Giroud tenterait-il sa Comédie Humaine ? Mais n'est pas Balzac qui veut...

Diantre ! La suite du décalogue !

Tout semble avoir été mis en place, en première et quatrième de couverture, pour accrocher le lecteur sur l'effet de suite : même mise en page, même type d'illustration, même police de caractère et un autocollant clamant « la suite du décalogue »... Le légataire reprend deux des personnages principaux des deux premiers tomes du Décalogue : Merwan (La Fatwa) et Gwen (l'amie de Simon Broemecke dans Le manuscrit). Car si l'histoire des personnages avec Nahik dans le Décalogue s'interrompt à la fin des 56 pages d'album, l'histoire de vie des personnages ne s'arrête pas là. Il parait en effet alléchant, pour tout fan de la saga qui se respecte, de se plonger dans la suite de vie des personnages qui ont fait le Décalogue, et de relire les premiers tomes de ce dernier au passage pour mieux saisir toutes les ficelles reliant la série mère à sa séquelle. Le piège, dans ce genre de projet, est de reprendre les ingrédients qui ont fait l'essence et le succès de la série de base et de les transmettre à sa suite sans innovation aucune. Pire que de se répéter, on risque d'ennuyer. Assez de sourates, assez de Nahik ! Lorsque l'on a finit le Décalogue et que l'on est remonté, au fil des tomes, à la source du mythe, on ne doit plus trop rien avoir envie de lire de supplémentaire sur le sujet... Le problème du Rendez-vous de Glasgow est là : on répète beaucoup des deux premiers tomes du Décalogue : l'intrigue est la même, il s'agit de Nahik et de l'omoplate, arrivés comme une malédiction dans la vie d'hommes et de femmes. Face à cette remémoration, ceux qui n'ont pas lu le Décalogue seront perdus et ceux qui le connaissent bien pourront être blasés.

Une mine intarissable

Imaginez un peu... Dix albums se plaçant chacun à des temps et lieux complètement différents. Ca en fait des situations et personnages à décrire sur seulement 56 pages. Rajoutez à cela des intrigues souvent policières et fouillées, vous décèlerez forcément des points obscurs dans chacun des albums qui forment le Décalogue. Mais qu'est devenu cet homme ? Qui était finalement ce tueur, qui se cachait derrière ce crime ? Quelles étaient les motivations de cet individu ? Les points de doute et de mystère ne manquent pas. Et beaucoup de questions restées sans réponses dans les deux premiers tomes du Décalogue servent de base au récit du Légataire. La question que l'on se poste est : « Où mettre le point final ? » et surtout : « A quoi bon tout dévoiler ? ». Car le Décalogue, s'il ne brillait pas de chacun de ses albums, formait un ensemble cohérent. A quoi bon en rajouter ? Le rendez-vous de Glasgow ne nous donne pas vraiment de réponses à ces questions. Le thème exploité est le même, comme nous l'avons dit plus haut, et le ton empreinté est tout aussi identique : des mystères, du suspense et un goût policier. On n'en apprend pas plus sur la société contemporaine, ni plus sur les milieux islamistes, qui sont représentés sans être réellement décrits. Le seul plaisir de lecture à éprouver ici est celui d'en savoir toujours plus sur l'intrigue, sur la vérité des événements et sur le devenir des personnages.

Béhé, une grosse déception

Côté dessin, Joseph Béhé déçoit. Son style explose avec Le manuscrit, trouve son développement avec Chimères, pour s'effondrer ici. On a l'impression d'un travail rapide. Le dessinateur se montre en dessous de ses moyens. On ne retrouve plus cette surprenante expérimentation dans les tons employés et dans les techniques de coloration. Les plans s'enchaînent sans magistralité. Béhé, qui s'était révélé avec ses précédents albums comme un maître de l'atmosphère donne ici dans une narration visuelle très fade, relevant du téléfilm. Une réelle déception, pour ceux qui connaissent tout le talent du dessinateur.


L'immédiateté de la formule du Décalogue en moins (il est fort peu probable que dix albums du Légataire sortent en deux ans par le seul pinceau de Joseph Béhé), on peut présumer que cette séquelle rencontrera un succès bien moindre à celui de son aînée. Pour devenir réellement passionnant, le Légataire doit trouver son identité et se détacher véritablement du Décalogue, en proposant autre chose qu'une suite et en explorant des thèmes, sentiments et événements d'une nature moins familière. Pour l'instant, cela semble plutot mal parti...

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