6/10Le signe

/ Critique - écrit par Maixent, le 17/04/2016
Notre verdict : 6/10 - Il suffira d'un signe (Ecrivez votre critique)

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Une histoire de malédiction assez bien menée

Il ne faut jamais prendre les invocations démoniaques à la légère. Il suffit parfois juste de quelques gestes au bon moment, au bon endroit, et tout peut basculer. Il y a des règles de bases à suivre. Ne jamais répéter cinq fois de suite Candyman devant un miroir, ni trois fois Beetlejuice. Se méfier du wishmaster qui exaucera vos vœux, mais à sa manière. Et surtout, ne pas prendre les choses à la légère.


C'est vrai que c'est agaçant un voisin

 

Visiblement, Alex Morsen n’était pas au courant. Ecrivain à succès, trop jeune, trop vite, il est maintenant un auteur aigri et en manque d’inspiration. Enfermé dans une vie qui ne lui ressemble pas, il s’est retrouvé pris dans « l’écoulement visqueux du temps », englué dans un quotidien morose avec sa femme et ses deux enfants. Ses rêves sont brisés et il n’a même plus les moyens de quitter son appartement, acheté grâce à ses premiers droits d’auteur. Pour justifier sa médiocrité, il reporte sa haine sur sa voisine, qui joue du piano toute la journée. Elle est l’incarnation de ses frustrations, de son angoisse, de son mal-être et il se persuade petit à petit que sans elle sa vie de star pourrait enfin reprendre le cours qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Il suffit d’un signe à Alex pour maudire celle qui lui gâche la vie depuis si longtemps. Et cela fonctionne, un temps… Mais il y a toujours un prix à payer…

L’album vaut surtout pour le personnage d’Alex. Les auteurs ont su rendre cette folie dépressive qui peut gagner le cœur et
Des visions cauchemardesques assaillent Alex

 

l’esprit d’un artiste en manque de succès.  Il n’est pas évident de mettre en avant l’absence et d’illustrer une vie morne et pourtant Philippe Thirault et Manuel Garcia y parviennent sans entrer dans les clichés. Alex a une vie somme toute comme tout le monde, avec une voisine un peu bruyante, mais là où réside la force des auteurs c’est de montrer que cette banalité ne convient pas à quelqu’un ayant approché une autre existence, et à quel point cela peut conduire à des extrémités. La rupture après la malédiction est elle aussi très bien marquée, les deux moments du récit ayant été travaillés de manière différentes. La première partie, neurasthénique, est monotone avec des plans fixes comme au cinéma. Tandis que la deuxième partie s’accélère, une sensation de vitesse, en plus de l’horreur, accompagne dès lors le lecteur. Dans un sens, Alex a réussi, sa vie est moins terne... Mais tout comme dans l’Antre de la Folie, le monde rêvé dépasse la réalité et tout cela ne peut conduire qu’à la destruction.

Thriller mystique et horrifique, Le Signe est construit de manière cinématographique, comme la plupart des récits de la collection Flesh & Bones. Mais cela n’enlève rien à l’efficacité du récit, bien au contraire. En utilisant des codes empruntés à un autre genre, les auteurs gagnent en universalité et en compréhension. Le récit est maitrisé et l’angoisse réelle, avec une sobriété d’image proche de l’expressionisme allemand et ses descendants comme l’Exorciste, rendant d’autant plus violentes les scènes horrifiques, procédé avéré qui a fait ses preuves.

La morale de l’histoire. Si votre voisine joue du piano, trouvez un terrain d’entente plutôt que de lui lancer une malédiction… 

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