7/10Lascars - Tome 1 - La vraie vie des vrais gars

/ Critique - écrit par riffhifi, le 05/05/2008
Notre verdict : 7/10 - Scarla teen (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 2 minute(s) - 1 réaction

A première vue, ça a l'air complètement naze. En vrai, c'est bien. La vie nous réserve parfois des surprises, figurez-vous.

Quand Urban Jungle (filiale de Casterman) nous a proposé un concours autour d'un album appelé Lascars, dérivé d'une série d'animation diffusé sur Canal+, MCM et MTV, et déjà visible sur les trois quarts des sites de bande dessinée dans la bannière "concours", on s'est dit que ça sentait un peu mauvais. On a même failli décliner poliment, en se fiant à un instinct d'alligator baroudeur du Kenya (ouest) qui nous sert généralement à prendre ce genre de décision. Pourtant, pris d'un accès de curiosité, on a demandé à recevoir l'album pour juger sur pièce, des fois que. Et on a bien fait, parce que figurez-vous que, contre toute attente, c'est pas mal du tout. C'est même vraiment marrant.


D'emblée, on pouvait craindre deux écueils diamétralement opposés : le jeunisme mal foutu pondu par un scénariste quinquagénaire qui recycle son humour à la papa sous des « zyvas » et des « bouffons » qu'il ne sait pas employer ; ou la bande dessinée ultra-privée à l'usage exclusif des adeptes de hip-hop wesh-wesh, qui laisse sur le carreau et agace au plus haut point le lecteur non-initié. Mais ici, les scénarios signés Eldiablo (Boris Dolivet dans la vraie vie du vrai gars) ont à la fois l'accent authentique et l'humour universel. Universel au point d'utiliser les ficelles les plus courantes du gag en quelques pages (entre trois et huit en l'occurrence) : le quiproquo, l'inversion des rôles, le personnage qui n'a pas ce qu'il veut, le personnage qui a ce qu'il ne veut pas... Pourtant, on trouve aussi de vraies idées nouvelles, à base d'observation finaude de la réalité : voir la baston de regard dans le métro, ou l'histoire du sac au supermarché (l'occasion de caser lourdement Sarkozy en diablotin à la Iznogoud, une intervention un peu facile dont on aurait probablement pu se passer). Côté graphique, Seth donne dans la caricature monstrueuse, les personnages ont des trognes à faire fuir les Zinzins de l'espace avec leur teint verdâtre et leurs dents dans tous les sens ; mais le dessin ne s'arrête pas aux bouilles, il se mêle à l'expérimentation échevelée à base de mélange des textures, et paie un hommage à la bande dessinée des années 50 en donnant des visages humains à certains objets, l'air de rien, juste pour ceux qui aiment scruter les détails.


Alors oui, c'est un peu vulgaire (tant mieux, on pouvait craindre le politiquement correct destiné à la famille désireuse de s'encanailler sans risque), non, ce n'est pas follement original (quelle bd d'humour peut se targuer de l'être vraiment ?), mais blague à part, il y a de vraies poilades à en tirer, et une sincérité teintée de lucidité qui permet aux auteurs de ne pas magnifier leurs personnages (encore une crainte qu'on avait) mais plutôt de leur en mettre plein la tronche à chaque épisode, qu'ils le méritent ou non. On appréciera également la projection futuriste qui montre bien à quel point Seth et Eldiablo sont conscients que le rebelle d'aujourd'hui est potentiellement le ringard de demain.

Et si vous êtes toujours sceptiques, attendez le concours et gagnez l'album, parce que pour le coup on va accepter.

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