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8.5/10La chambre de verre

/ Critique - écrit par Maixent, le 14/05/2017
Notre verdict : 8.5/10 - Toi, moi et le reste du monde... (Ecrivez votre critique)

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Le polyamour version numérique

Peut on encore parler de phénomène Webcam? Ces dernières années, le porno amateur s'est de plus en plus développé grâce aux nouvelles technologies et une nouvelle façon de percevoir son intimité jusqu'à ne plus devenir amateur mais institutionnalisé avec des camboys et des camgirls professionnels qui fleurissent sur le web. Le monde de la webcam a ses codes, ses fans, ses règles, ses stars, toute une façon d'aborder une sexualité révélatrice d'une époque, entre voyeurisme et complicité, ce qui est très bien mis en avant dans le Journal d'une Camgirl ou autres témoignages.



 

La chambre de verre est un très bon ouvrage sur le sujet, mettant en avant un personnage humain, avec ses doutes, ses faiblesses et ses envies qui peu à peu livre son corps et son intimité au monde. Axel a choisi une héroïne de 44 ans, pas une jeunette délurée, mais une femme réelle abordant ses choix avec lucidité. D'ailleurs on ne découvre son nom et ses pensées qu'au bout de la dixième page. La webcam c'est d'abord l'image. On découvre sa nudité, ses poils (ici, objet érotique), ses gestes mécaniques et excitants en prenant une douche, avant de connaître son nom. D'ailleurs elle même rappelle le lecteur/voyeur à l'ordre. Annonçant qui elle est, elle interrompt pour revenir à ce que ses followers veulent vraiment savoir : "Ce qui vous plaira, c'est de savoir que je ne me rase pas le pubis ni les aisselles".

 

Dans une narration impeccable et qui fait sens, la première scène, scène d'exposition qui présente Flavia, se termine par un gros plan de son sexe grand ouvert avant de proposer un second lieu, une fête entre amis. Car comment passer de la solitude, où l'on expose cependant tout ce qu'on a de plus secret sans aucun filtre à la multitude, aux relations sociales standards?   Là elle rencontre Marco, mais vient inévitablement la question de lui "avouer" comment elle gagne sa vie. Etre camgirl s'apparente souvent à de la prostitution malgré l'absence de contacts. Et Si Marco accepte d'abord la situation, et participe même au show car les caméras ne sont pas éteintes quand il vient chez elle, cette relation à plusieurs lui pèse assez vite. Revenant à des schémas traditionnels, Marco propose donc de subvenir aux besoins de sa campagne pour qu'elle cesse ses activités. Mais ce serait réduire le rôle de la cam qui n'est pas seulement un moyen de subsister mais un moyen d'être pour Flavia. On voit donc dans le sous texte cette difficulté d'accorder des valeurs au sein du couple et les notions d'acceptation, aimer l'autre avec ce qu'il est. Sans dévoiler la fin, on se demandera si cette histoire amoureuse va survivre à la webcam.



 

Le dessin est parfaitement adapté. A la fois doux et rugueux, il n'est jamais dans l'emphase mais mets en scène des  situations et positions du quotidien. Alternant le noir et blanc qui est la vision de la caméra, et la couleur qui est la vision du lecteur, ce dernier est doublement voyeur dans plusieurs réalités alternatives, touchant intrinsèquement à l'âme de l'héroïne qui se dévoile dans son entier. L'effet crayonné et estompé du dessin participe de cette idée, rendant Flavia aussi réelle qu'un rêve que l'on n'oublie jamais.  Toute la force du dessin réside en le fait de faire partager cette expérience webcam à travers des coups de crayon et l'auteur s'en sort parfaitement, avec un trait adapté à son propos sensible et délicat.

Si l'histoire est simple en apparence, après tout ce n'est qu'une rencontre entre un homme, une femme et un élément qui pose des difficultés à cette union, elle est ici parfaitement mise en valeur par une sensibilité et une humanité accrue s'inscrivant dans des questionnements actuels. Ici on parle bien d'amour et de sexe dans ce que ça a de plus transcendant mais au siècle de l'image il est nécessaire de revoir les codes.

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