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9/10L'automne dans le pantalon

/ Critique - écrit par Maixent, le 16/08/2020
Notre verdict : 9/10 - Libido mon amour (Ecrivez votre critique)

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Baisse de libido, hausse du plaisir.

Qui s'intéresse à l'oeuvre de Ralf König ou même à la bande dessinée gay en général n'a pas pas pu passer à côté de ce couple emblématique, Conrad Stubenburg et Paul Padchath (Konrad Stubenburg et Paul Niemöseren version originale). Basés à Cologne, dans une relation libre depuis le début, il est donc composé de Conrad, philosophe, calme et raisonné, empreint d'une certaine nonchalance et de Paul, petit, obsédé, toujours en proie aux excès, aux relations multiples et incapable de résister à un torse puissant et velu. Malgré ses dissonances, le couple poursuit de nombreuses aventures sur une dizaine d'albums et partage une tendresse réciproque et un amour immuable que beaucoup de couples hétérosexuels pourraient leur envier.


Pris de conscience

 

Tout comme leur créateur, né en 1960, les héros ont vieilli et sont atteints par un mal auquel ils ne se seraient jamais attendu (surtout Paul), l'andropause. Considérée comme le pendant de la ménopause au masculin, il s'agit d'une baisse de la testostérone et de la libido concernant les hommes à partir de 45 ans. Cependant, l'andropause n'est pas la huitième plaie d'Egypte, comme le considère Paul, et ne toucherait qu'une infime partie de la population sans la violence de la ménopause. Elle reste cependant un sujet délicat, comme tout ce qui touche à la masculinité, terreau fertile pour Ralf König qui peut laisser libre court à son humour décapant tout en traitant de sujets sensibles.
No sex, no problem

 

Tout commence par une nouvelle année, ce qui veut dire une année de plus et Conrad et Paul sont chacun confrontés à une réalité dont ils n'avaient pas encore pris la mesure. Ils ont vieilli et leur cercle intime également. Mais ce qui pour Paul n'est qu'un constat d'un décalage avec le monde rapide et technologique, devient pour Paul une véritable tragédie lorsqu'il apprend que la base de son existence, basée sur la sexualité, peut être remis en question par la fameuse andropause. Une tragédie d'ailleurs brillamment illustrée tout au long de l'album par la présence de chœurs antiques arborant des masques aux yeux écarquillés et à la bouche béante, synonyme de danger emphatique et faisant résonner le drame d'une façon ici outrancière et comique.


tentatives

 

Avec beaucoup de finesse, sans s'interdire des passages d'une sexualité crue, Ralf König nous fait suivre le parcours de Paul dans un changement involontaire de sa sexualité et ses tentatives désespérées de rester le jeune chien fou tout de cuir vêtu qu'il a pu être dans sa folle jeunesse. De ce constat d'une sexualité sans retenue déclinante ressort une réalité beaucoup plus tendre, l'amour de Conrad et Paul depuis 30 ans et cette complicité de chaque instant qui passe par la compréhension de l'autre et une infinie tendresse. C'est ce qui fait aussi le talent de l'auteur capable de passer des backrooms sordides à la beauté du quotidien en quelques cases avec une aisance qui rappelle que la vie est faite de moments a priori antagonistes mais qui forment un tout cohérent. A travers ces deux personnages et leur entourage qui ont acquis au fil du temps de plus en plus de consistance, on peut tous s'identifier car la peur de vieillir est ancrée en tout un chacun.

Comme il est noté ironiquement sur la quatrième de couverture, on pourrait dire qu'il s'agit de l'album de la maturité. Et en un sens c'est tout à fait vrai. C'est un album qui dresse un bilan avec de fréquents retours sur le passé des personnages, leurs rencontres, leurs coups durs et les moments de joie. Transparaît le lien à la famille, celle du sang et celle de cœur, et les rencontres qu'on ne fera plus. Véritable leçon de vie, l'album est un questionnement sur être soi, s'accepter, changer, évoluer mais aussi un hymne à l'Amour, et ce, même si la passion ou l'érection diminue.

Un album comme un petit bijou d'humour et de tendresse qui brille par son humanité. A découvrir absolument.

 

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