4/10Koredan, la Saga des Dragons - Tome 1 - L'éveil

/ Critique - écrit par athanagor, le 22/11/2008
Notre verdict : 4/10 - Chorée d'âne (Ecrivez votre critique)

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Trois jeunes auteurs se lancent dans cette aventure qui ne laissera finalement qu'une vague impression d'inabouti.

Il fut une époque sur Gaïa dont le souvenir effraie les plus braves. Une époque de conflits entre les différentes races, une époque où le chaos apparaissait comme le seul avenir possible. Kachina, petite fille waky, escortant Démétrius, petit garçon assurien, dans la Forêt du Destin pour son voyage initiatique, découvre stupéfaite les premières horreurs de cette période tourmentée : les Faelles, femmes guerrières dresseuses de dragons, s'attaquent au Wakys et mettent le feu à la forêt, acte
incompréhensible, les deux peuples étant en paix. Sauvés in-extremis par le marmouchat, leur animal de compagnie à mi-chemin entre le hamster et le patou des Pyrénées, les enfants décident de retourner dans le village de Kachina, pour tenter d'obtenir au moins une explication à cet acte belliqueux. Aucune chance pourtant d'opposer une réelle résistance, car si les Wakys connaissent, comme les Faelles, la magie des couleurs, ils ne s'en servent que pour guérir et cultiver, utilisant le pourpre et marron (les nazes !), là où les furies endragonnées, en plein syndrome prémenstruel, utilisent principalement le rouge de la colère, pour foutre sur la gueule à tout ce qui bouge. Pas de bol (et en même temps, on s'y attend un peu), arrivés au village, ils le découvrent dévasté par un gars en armure, Siegfried qui utilise la magie grise, annihilatrice des autres couleurs et donc interdite. Il s'agit donc du méchant. Sauvés une fois de plus in-extremis et pour une raison inconnue, Kachina retrouve son grand-père qui l'envoie raccompagner Démétrius à Fort Draconnis, ville des Assuriens apparemment commanditaires de l'attaque des Faelles, pour persuader le sénat de stopper l'agression. C'est ainsi que son voyage débute, et plus que l'arrivée à Fort Draconnis, son but sera de lui faire découvrir et comprendre sa vraie nature, celle d'élue de Korédan, dragon élémentaire de l'eau.

Le fond de l'histoire basé sur une quête initiatique élaboré par Guidz et Cuidet sent ... chicken ?
... chicken ?
un peu le réchauffé. Les dragons, les magiciens, les différents peuples occupant chacun un élément du paysage, les amazones, les forces élémentaires, les hommes-animaux de compagnie, tout ça... on connaît. Mais plein de gars le font déjà. Il faut donc y ajouter le petit « plus produit » qui fait toute la différence avec les autres. Ici, c'est la magie des couleurs. C'est pas bien neuf, mais ça le fait pas mal et ça permet de donner encore plus d'importance au travail du dessinateur. Sorti de ce point, il faut encore arriver à articuler une histoire à la fois claire et rythmée, construite avec à l'esprit une conclusion vers laquelle se dirige l'ensemble du développement. Là aussi, l'ensemble est respecté, et même si le rythme est un peu délaissé, cela n'altère rien de façon sérieuse.

Voilà c'est propre... et c'est peut-être là le problème. Tout y est, tout est en place, et malgré tout on sent qu'il manque quelque chose. C'est ce qui se passe quand le travail est trop académique. Avec l'utilisation raisonnée de codes connus, et l'adjonction d'une petite nouveauté, les auteurs font ce qu'ils doivent faire et Surtout, pas de gestes brusques.
Surtout, pas de gestes brusques.
pas plus. Et quand il leur vient en tête de rajouter une nouveauté supplémentaire, ce n'est fait qu'à moitié et on est super déçu. Cette autre nouveauté, c'est la langue des dragons élémentaires. Au milieu de l'histoire surgit cet alphabet étrange, qui offre deux voies possibles : soit on le traduit tout de suite en bas de page et tout le monde est content, soit on ne le traduit pas et on se donne ainsi l'occasion de rajouter à sa série un carburant incroyable, à savoir donner au lecteur l'opportunité d'apprendre ce langage au fur et à mesure des aventures du héros. D'autant plus que dans le cas présent, non seulement Kachina ne comprend rien à cette langue, mais après Siegfried, l'autre élu qu'elle rencontre n'en comprend pas beaucoup plus, si ce n'est le sens général des phrases de son maître dragon. On aurait donc pu apprendre cette langue, par étape, avec Kachina, et là on était pris au piège, obligé d'acheter le tome 2, après des mois et des mois de torture à attendre sa parution. Au lieu de cela, les auteurs décident de donner la traduction sur internet (tout nul), ce qui limite l'effort du lecteur au fait d'avoir un FAI. Pour finir de gâcher le truc, on constate que la langue des dragons, c'est du français avec un alphabet chelou, un peu comme les polices à la con sur Word. En effet cela aurait représenté un sacré boulot d'inventer une langue, mais être auteur c'est aussi avoir une colonne vertébrale.

Pour illustrer l'histoire, Drannob nous donne à voir un dessin essentiellement finalisé sur ordinateur, ce dont on ne se rendrait pas compte si cela n'était pas indiqué dans Mais si ! Regarde-toi !
Mais si ! Regarde-toi !
le dossier de presse. Au delà de ça, il reste une impression étrange à la vue de ce travail. Le dessin n'est jamais très net, à la limite du crayonné. L'avantage, c'est l'impression de mouvement ; le souci, c'est une impression d'inachevé. Le traitement des visages lui aussi déroute. Certains de leurs traits sont appuyés au trait noir profond (contour de la bouche et yeux) et d'autres (arête du nez et joues) le sont par les couleurs en contraste vaporeux. En plus de la valse hésitation entre deux styles, le manga et le « belgo-réaliste », l'adhésion du lecteur est encore compliquée par les cadrages qui débordent en gros plan, toujours trop près de l'action, et comme engoncés dans l'espace de la page. Hormis cette impression étrange mais hautement subjective, le réel problème de l'illustration c'est la disposition des textes. Que les cases de dessin soient posées à la rock and roll, pourquoi pas. Mais quand c'est pareil pour le texte, déjà on ne sait plus qui parle, mais pire que ça, on ne sait pas à quel moment de l'action il le fait. Le temps de retrouver cette information, le rythme est cassé.

Trop académique pour l'histoire et pas assez pour le dessin, les auteurs soufflent le chaud et le froid sur l'enthousiasme pourtant réel du lecteur, qui malgré sa bonne volonté fermera l'album avec soulagement.

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