9/10Junk - Tome 2 - Pay back

/ Critique - écrit par riffhifi, le 20/02/2010
Notre verdict : 9/10 - Go ahead, Junk, make my day (Ecrivez votre critique)

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Suite et fin de la chasse au trésor fantôme orchestrée par Brüno et Pothier, dans un Far-West qui n'a jamais été aussi stylisé. Si vous aimez le genre, vous ne pouvez pas raisonnablement vous passer de ce bijou.

Près de deux ans d'attente. Comment a-t-on pu tenir aussi longtemps ? Probablement débordé par son travail parallèle sur Commando Colonial (scénario d'Appollo, le tout chez Dargaud), le dessinateur Brüno n'a pas hésité à laisser languir les lecteurs qui s'étaient goinfré le premier tome de Junk avec bonheur. Entre-temps, Treize étrange a quitté les mains du groupe Milan pour rejoindre l'écurie Glénat, mais bien malin qui saura voir la différence puisque le format est rigoureusement identique, et que la couverture est bien celle que l'on annonçait au verso de l'album précédent.


La fine équipe composée de Ford, Woody, Jill et M. Wang surmonte la mort de Moosbrugger pour avancer vers le but qu'ils se sont fixés. Mais les enjeux se troublent : certains savent que le trésor n'existe pas, d'autres que leur expédition est un prétexte pour démasquer un traître... A la manière d'une aventure initiatique ou d'un roman noir, le but importe moins que le chemin, et ce dernier apporte ici son lot d'embûches et de rebondissements. Menaces extérieures, conflits internes, etc. : les personnages vont tous dérouiller, dans leur âme comme dans leur chair. Certains y laisseront leur carcasse.

Une fois encore, le scénario de Nicolas Pothier laisse apparaître son amour du western, qui vient s'ajouter à son goût du jeu vidéo (il a été directeur artistique chez Atari), de la musique (il a signé plusieurs "BDMusic" consacrés à Tito Puente, Woody Allen...) et bien entendu de la bande dessinée (il a même commencé par là en tant que dessinateur, et a bossé pour BoDoï et Métal Hurlant). L'intrigue rappelle nombre de grands films, les personnages ont des noms empruntés aux cinéastes et aux protagonistes de westerns classiques, et les mystères plantés dans le premier tome trouvent tous une résolution dans un jeu de massacre impitoyable et parsemé de bons mots (« C'est Josh que tu peux remercier, Ford, il est infirmier à ses heures. - Eh bien, il aurait dû me soigner à ces heures-là ! »).

Mais ce qui fait de Junk un incontournable, un pilier de bibliothèque (pour peu qu'on aime un peu le western, œuf corse), c'est évidemment le dessin de Brüno, qui
atteint ici des sommets de précision et de puissance. Capable de conférer une large palette d'émotions à des individus composés de quelques traits simples, il érige la ligne claire au rang de religion, offrant du même coup une esthétique très forte et une lisibilité impeccable au récit, avec l'aide de l'excellente mise en couleurs de Laurence Croix. Tout juste râlera-t-on sur quelques choix de représentation curieux (la tête de Ford en haut de la page 41, le découpage déroutant de la page 47), mais la démarche relève du pinaillage pervers, tant l'ensemble se tient droit dans ses bottes, et se lit avec un plaisir gourmand.

Paradoxe ambulant, l'album rappelle sur son quatrième de couverture que « junk » signifie à la fois « vieillerie » (ce que cette BD n'est évidemment pas), « camelote » (ce qu'elle est encore moins), « bric-à-brac » (ce qu'elle n'est pas vraiment malgré l'omniprésence et la densité de ses références) et « mettre au rancart » (ce qu'elle ne mérite assurément pas).

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