5.5/10Julia & Roem : Enki Bilal refait Shakespeare

/ Critique - écrit par riffhifi, le 09/05/2011
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Enki Bilal épand l’univers d’Animal’z, en revisitant Roméo et Juliette sur fond d’apocalypse. Une fausse bonne idée, traitée de manière particulièrement didactique. Le style visuel est au rendez-vous, sans surprise.

Rares sont les auteurs de bande dessinée dont la patte est aussi reconnaissable que celle d’Enki Bilal. Son style visuel puissant, unique, s’est imposé comme une marque de fabrique qui a dépassé le cadre purement narratif de ses albums. Il s’encadre, s’expose, se cartepostalise et se calendrièrise. Faut-il pour autant douter de ses capacités de scénariste ? Bien sûr que non : la trilogie Nikopol hante encore les esprits des lecteurs, et le récent Animal’z est venu confirmer que Bilal avait encore le pouvoir de faire rêver (cauchemarder ?) par le biais de mondes fantasques et d’inventions dantesques. Dans la foulée, il propose ce Julia & Roem situé dans le
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même univers en déconfiture. Avec la trame de Roméo et Juliette en surimpression. Vous avez compris ? ROMÉO ET JULIETTE. SHAKESPEARE. L’album ne vous laissera pas vraiment le loisir d’ignorer l’hommage, ni de l’oublier.

Le narrateur est un prêtre multi-religion ("aumônier militaire multiconfessionnel") appelé Lawrence, qui parcourt une route en décomposition où la route se change en chewing-gum et le ciel en velours animé. Lorsqu’il rencontre deux jeunes zouaves mourants prénommés Roem et Merkt (faites bien attention : Roem est un quasi anagramme de Roméo, et Merkt évoque le nom de Mercutio ; inutile de prendre des notes, la narration vous rappellera ce parallèle une bonne dizaine de fois), il les sauve à l’aide de ses capsules d’eau en poudre, une jolie découverte déjà évoquée dans Animal’z. Mais le drame rôde, tapi dans l’ombre : Roem s’apprête à rencontrer la belle Julia (hey, vous avez remarqué que son prénom est apparenté à celui de Juliette, comme dans la pièce écrite par Shakespeare ? William Shakespeare, vous connaissez ?).

Si l’on peut passer outre le degré d’autocaricature qu’atteint Bilal dans sa représentation de personnages poseurs aux cheveux orange, la pédanterie qu’il met à souligner constamment le parallèle avec Roméo et Juliette a tout de même de quoi hérisser le système pileux. Une adaptation post-apocalyptique, d’accord (la pièce
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de Shakespeare en a vu d’autres, et pas que du moche : le film de Baz Luhrmann avec diCaprio, la comédie musicale West Side Story – dont l’auteur Arthur Laurents vient de passer l’arme à gauche, paix à son âme), mais rien n’oblige à citer sa source à longueur de page. S’interdisant de donner à ses personnages une dimension autre que celle de la photocopie, Enki Bilal s’attache simplement à créer un suspense d’opérette sur l’issue de l’intrigue : sera-t-elle identique à celle de l’original ? Mais comme on se fiche des protagonistes…

On se consolera en admirant le dessin si caractéristique de l’auteur, qui promène désormais ses pastels gras sur du papier couleur, apportant ainsi à l’ensemble une tonalité particulièrement sombre. Mais plutôt que de s’attaquer à la lecture de ces 80 pages, on peut aussi bien se contenter d’acheter quelques séduisants posters bilaliens.

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