6.5/10Le Journal de Carmilla - Tome 2 - Une espèce en voie de disparition

/ Critique - écrit par Amiral, le 04/10/2007
Notre verdict : 6.5/10 - Ca marche mieux ! (Ecrivez votre critique)

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Une espèce en voie de disparition aura peut-être plus de chance de trouver un jeune public féminin que le premier tome grâce à une identification facilitée. Même si quelques fragilités subsistent, Laurel et Lorris Murail expriment un désir commun d'aller de l'avant pour corriger leur tir de départ. Une initiative à encourager.

Il est toujours intéressant de voir comment évolue un titre une fois le premier tome enclenché. Le tome 2 confirme souvent la tendance d'une série, et la direction que prendront les autres albums par la suite. Après des débuts maladroits, les auteurs du Journal de Carmilla semblent confirmer leur souhait de reprendre les rênes de la diligence.

Carmilla est sa bande du Tagada's Club sont de retour. Une nouvelle tête vient pourtant s'incruster dans le paysage quotidien de l'adolescente, celle de Christopher Bella Vladimir. Le modeste prénom donné à son petit frère nouvellement arrivé dans sa famille. Mais un problème de taille attend Carmilla, sa sœur Mina et ses amies : le niveau intellectuel de la jeune génération baisse. Pire ! On suppose la disparition annoncée du mâle dominant. Comment la collégienne arrivera-t-elle à sauver "Chris" de cette calamité dénoncée par le monde consensuel des adultes ?

Chris Murail semble avoir retravaillé la construction de son intrigue. Le tome 1 du journal de Carmilla avait comme principal défaut de présenter des chroniques journalières, sans suivre un véritable fil narratif. Une espèce en voie de disparition corrige le tir et parvient à élaborer une histoire plus cohérente tout en diversifiant les sujets secondaires (découverte du petit frère, études sur la gente masculine, la relation Carmilla/Jonathan...). L'impression d'éparpillement n'est plus ressentie et laisse place à la lecture d'une trame plus fluide et agréable à parcourir.
L'évolution est percevable également à travers la psychologie des personnages, moins ancrés dans leurs caricatures. Carmilla n'est plus une ingénue décrédibilisée par une ignorance totale sur ce qui l'entoure, au point d'être le faire-valoir de sa petite sœur Mina. Murail a "humanisé" son héroïne en lui esquissant des facettes plus spontanées et fleurs bleues. Certes, Carmilla n'est pas une rebelle voulant prouver aux yeux du monde qu'elle est une adulte. Elle demeure simplement une jeune fille de 13 ans, avec ses idées et ses interrogations, chevauchant entre l'enfance à l'état pur et l'âge adulte. Son innocence ne sombre pas dans la niaiserie de mauvais goût. Carmilla arbore une attitude plus humaine à l'instar de tous les personnages du récit.

Laurel aussi a revu ses pinceaux pour tenter d'offrir un meilleur résultat. Les principaux reproches formulés dans le tome 1 concernaient surtout les décors. La dessinatrice semble avoir pris cette remarque en compte. Les plans généraux sont plus nombreux et fournis. Certains ont quelques problèmes de perspectives (la page 1 notamment), mais le défaut se corrige à au fil des pages. Laurel propose davantage de plans généraux pour illustrer des paysages. Leurs compositions sont plus riches mais elle n'ose pas encore ajouter un nombre important de protagonistes ou d'éléments décoratifs en fonction des lieux, pour personnaliser les scènes. La sobriété de certaines images offre alors des résultats contrastés : les cours de récréation paraissent vides aux heures d'influences même si, à côté, les symboliques comme les manifestations de mai 68 sont bien composées.
L'autre problème majeur rencontré par Laurel était parfois la raideur des personnages dans certaines positions. Là encore, quelques cases montrent ces défauts. La faute souvent à un manque de traits symbolisant le mouvement ou alors le positionnement hasardeux d'un membre. Cependant, ces impressions s'effacent là encore petit à petit durant la lecture. Laurel a paufiné l'expressivité des personnages rendant le tout plus vivant.
La dernière difficulté encore visible reste la présentation des silhouettes de face lorsque se joue une scène, comme si le lecteur observait un plateau de sitcom. Un procédé sécurisant et qui marque encore un léger manque d'assurance. Mais l'obstacle sera sans doute corrigé au fil des albums, à force d'entrainement.  

Certes Le Journal de Carmilla n'a pas fait peau neuve sur son concept. Ce n'est pas non plus une révolution. Son atmosphère semble pourtant plus crédible qu'auparavant. Les caricatures ont été effacées pour laisser place à un récit humain (très) innocent. Ainsi, Une espèce en voie de disparition aura peut-être plus de chance de trouver un jeune public féminin que le premier tome grâce à une identification facilitée. Même si quelques fragilités subsistent, Laurel et Lorris Murail expriment un désir commun d'aller de l'avant pour corriger leur tir de départ. Une initiative à encourager.

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