8.5/10Jonah Hex tome 3 : la traversée du désert

/ Critique - écrit par riffhifi, le 05/03/2011
Notre verdict : 8.5/10 - Dura Hex sed Hex (Ecrivez votre critique)

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Troisième année de règne pour le duo de scénaristes Gray-Palmiotti… et sans doute le meilleur cru ! Explosion visuelle de styles aussi variés que puissants, explorant la personnalité complexe de Jonah Hex sans oublier de faire éclater quelques têtes.

Comme pour les précédents, la préface de ce recueil constitue une agréable surprise : pondue par un anonyme de chez Panini, elle cite Sartre et l’inspecteur Harry dans une fine analyse de ce qui fait la force d’un personnage comme Jonah Hex.

Les scénaristes Justin Gray et Jimmy Palmiotti signent ici la troisième année de leur
par Jordi Bernet
run
sur la série. Après un deuxième volume qui trahissait un certain essoufflement, on craignait que le troisième porte les stigmates de la fatigue et du manque d’inspiration total. Soulagement : il s’agit probablement du meilleur des trois volumes. Aidés par une collection d’artistes particulièrement inspirés, les deux auteurs recyclent intelligemment quelques sujets puissants, qu’ils essaiment à différentes périodes de la vie du chasseur de primes. Sa biographie est connue dans les grandes lignes, et on prend plaisir à arpenter son existence de long en large, découvrant sans arrêt de nouvelles facettes d’une personnalité complexe, à l’image de son visage schizophrène – la parenté avec le Double-Face de Batman est évidente.

Rappel des faits marquants : né le 1er novembre 1838, Jonah est vendu par son père aux Apaches en 1851. Soldat sudiste durant la guerre de Sécession (1861-1865), il échappe au massacre de Fort Charlotte organisé par les Nordistes au moment de la reddition du Sud. En 1866, suite à un combat au sein de la tribu Apache dans laquelle il a grandi, il est accusé à tort d’avoir triché et se voit marqué au visage du sceau de l’infamie, la Marque du Démon. Défiguré, il devient chasseur de primes. En 1875, il épouse la Chinoise Mei Ling, qui lui donne l’année suivante un fils appelé Jason. Dans la foulée, elle quitte Jonah en emportant l’enfant. En 1899, Jason deviendra le père de Woodson Hex II, sans que le grand-père en ait connaissance. Jonah Hex meurt en 1904, tué durant une partie de cartes.

Axant la plupart des histoires sur les contradictions du héros, ses doutes, ses démons, les scénaristes donnent une épaisseur incroyable à ce qui n’aurait pu être qu’une nouvelle succession de massacres. Son rapport à l’uniforme ségrégationniste, à Dieu, à la paternité, sont autant de thèmes abordés avec justesse, aux côtés de quelques tartes à la crème vaguement démagogiques comme l’homosexualité et le
par Rafa Garres
racisme. Les dessinateurs réunis pour cette année 2008 épique offrent une variété de styles réjouissante. Giuseppe Camuncoli (qui avait déjà fait un passage sur la série en 2006), Paulo Siqueira, Mark Sparacio, Russ Heath, John Higgins (plus connu pour son travail de coloriste), J.H. Williams III (connu pour Promethea écrit par Alan Moore) livrent tous un très bon boulot, mais on retiendra particulièrement quatre artistes : Jordi Bernet, qui avait fait son arrivée sur le titre en 2007 et revient ici pour pas moins de trois histoires, déployant une nouvelle fois son style européen faussement frivole ; Richard Corben, qui signe la couverture et offre à Jonah Hex son style horrifique parfaitement adapté ; Darwyn Cooke, artisan du renouveau de Batman et du Spirit, dont le trait reconnaissable se fait ici plus subtil que son habituel style cartoonesque ; et surtout Rafa Garres, dessinateur espagnol dont espère entendre parler souvent, qui illustre deux histoires de son style littéralement infernal, faisant grouiller les personnages dans une aura jaunâtre (oui, il s’occupe des couleurs lui-même) propre à filer des cauchemars au lecteur impressionnable.

Une excellente cuvée, violente et pertinente, superbement mise en images par un panel d’artistes hétéroclite. Hexcellent !


#25 - My Name is Nobody / Mon nom est Personne (janvier 2008)
#26 - Four little pigs: A Grindhouse western / Les quatre petits cochons : un western Grindhouse (février 2008)
#27 - Star Man / Le Porte-étoiles (mars 2008)
#28 - Townkiller / Tuer toute une ville (avril 2008)
#29 - Return to Devil's Paw / Retour à la Patte du Diable (mai 2008)
#30 - Luck runs out / Dans la poisse jusqu'au cou (juin 2008)
#31 - The Red Mask / Masque Rouge (juillet 2008)
#32 - The Matador / Le Matador (août 2008)
#33 - The Hunting Trip / Partie de chasse (septembre 2008)
#34 - Outrunning Shadows / Plus vite que son ombre (octobre 2008)
#35 - A Crude Offer / Proposition indécente (novembre 2008)
#36 - Seven Graves Six Feet Deep / Sept tombes, six pieds sous terre (décembre 2008)

 

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