8/10Jojo - Tome 17 - Confisqué !

/ Critique - écrit par riffhifi, le 31/03/2008
Notre verdict : 8/10 - Jojolili (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 1 réaction

Jojo est loin d'être affreux : au bout de vingt ans et 17 tomes, il reste le héros de l'une des séries les plus fraîches et dynamiques de Dupuis. Jojo a la frite.

Sur la couverture, le directeur de l'école de Jojo fait irruption dans la salle de classe en braillant, faisant voler du même coup un certain nombre d'objets : un téléphone portable, un lecteur mp3, un tamagotchi... pourtant, le seul que Jojo essaie de rattraper (et le seul à ne pas être représenté en monochrome mais en couleurs dorées) est une montre ancienne. Faut-il y voir une volonté de l'auteur de s'accrocher au passé plutôt que de s'adapter à la modernité ? Pas vraiment. Il faut prendre la question en sens inverse : si Geerts représente ces objets de modernité sur l'extérieur de l'album, c'est pour mieux les oublier à l'intérieur. Car Jojo est une série intemporelle : lisez-la en faisant fi des dates indiquées (il vaut mieux, pour préserver la continuité avec les 16 tomes précédents), et vous réaliserez que les évènements pourraient aussi bien prendre place il y a 10 ans, 20 ans, 30 ans ou même 60.

Jojo, pour ses sept ans et demi, reçoit de son père une montre qui se transmet dans la famille depuis plusieurs générations. Elle a un vécu moins pittoresque que celle de Butch dans Pulp Fiction, mais conserve une importance primordiale aux yeux de Papa Semaine. C'est dire le désarroi de Jojo quand le proviseur, pour se passer les nerfs, décide de confisquer tous les objets qui traînent sur les tables des élèves... Une fois n'est pas coutume, c'est une course pour la montre qui va commencer !

On notera le parallèle entre la planche 2...
On notera le parallèle entre la planche 2...
Avec leurs bouilles rondes et leur environnement aux tons chauds et rassurants, les personnages de Jojo créent rapidement un lien avec le lecteur, qui se sent immergé dans cet univers familier. Tout pourrait presque y être trop douillet, si André Geerts n'était pas le merveilleux raconteur d'histoires qu'il est. Car Jojo n'est pas un gosse capricieux qui fait tourner ses parents en bourrique, un obsédé du sexe qui veut tout apprendre sur le zizi sexuel ou un gamer monomaniaque à casquette verte : c'est un gamin plus proche de celui qu'on a vraiment été un jour, avec ses préoccupations et ses épreuves. Celui-ci est même assez peu gâté puisque sa mère est morte lorsqu'il était tout petit... Son père, un plombier de 38 ans, est de nouveau fiancé depuis deux tomes, à une femme clairement plus jeune que lui. Emouvant sans être mièvre ni consensuel, le contexte familial de Jojo donne une épaisseur incontestable à ses péripéties.

... et la planche 8.
... et la planche 8.
Mais Geerts n'est pas là pour faire du sentimentalisme : l'album se concentre sur la quête de la montre, menée tambour battant par l'auteur qui sait entretenir le suspense dans un cadre pourtant peu policier. Jojo et son ami Gros-Louis vont croiser une vaste galerie de personnages, à commencer par le proviseur lui-même, dont le physique n'est pas sans rappeler celui de Mortadel dans la bande dessinée espagnole Mortadel et Filémon, et qui représente naturellement la figure de l'autorité inflexible et maléfique (la punition originelle n'est pas mue par le sens de la justice mais par un simple besoin de se défouler). Pourtant, il s'avèrera que le proviseur aussi est un être humain : la grande force de la série est de ne pas verser dans la caricature, et de s'exprimer simplement mais intelligemment à l'enfant dans l'adulte aussi bien qu'à l'enfant dans l'enfant. C'est bô, c'est rigolô, et ça fait plaisir à lire.

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