8/10Jésus Marie Joseph

/ Critique - écrit par Maixent, le 22/11/2011
Notre verdict : 8/10 - La chute de l'ange (Ecrivez votre critique)

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Un ouvrage surprenant proposant une véritable réflexion et traité avec un certain formalisme ce qui ne l'empêche pas de rester moderne et incisif.

L'Annonciation est un des thèmes privilégiés de l'art chrétien, occidental et byzantin. D’Antonella da Messina au Caravage, la plupart des artistes ont exploité ce thème et il est difficile de le renouveler. C’est cependant l’entreprise périlleuse qu’a entrepris Michel Faure dans cet ouvrage, réinterprétant ce passage de la bible à sa manière plus moderne tout en restant respectueux d’une certaine tradition.

L’Annonciation faite à Marie, relatée dans l’Evangile selon Luc dit ceci : « Au
Melchior
sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, vers une vierge qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. » [...] " Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. " Marie dit à l'ange : " Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais point l'homme? " L'ange lui répondit : " L'Esprit-Saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. »

Or, l’ouvrage ici présent imagine un autre ange, ayant les traits d’une danseuse-esclave shiite, chargée d’un message à porter non pas à Marie, mais à Joseph. En effet, elle a pour mission de trouver le père du Christ et de l’avertir de son incroyable destinée. Et même si la fin du récit est modifiée par rapport au récit original, tout le cheminement est particulièrement intéressant, notamment de voir un autre possible concernant l’arrivée du Christ, sujet qui prête toujours à controverse.

L’Ange sans nom mais d’une bonté qui n’a d’égale que sa beauté arrive sur
Balthazar
terre avec toute son innocence à la recherche d’un homme digne de confiance. Confrontée très vite à la réalité de ce bas monde en une région barbare et aride, elle se trouve face à la bêtise et la violence. Elle est d’abord violée par un groupe d’hommes avant d’être lapidée par les femmes et chassée du village. Commence alors une longue quête dans laquelle elle trouvera des adjuvants en la personne de personnages connus de tous, Gaspard, Melchior et Balthazar. Selon la tradition on ne sait pas exactement qui étaient ces mages qui apportèrent des présents à l’Enfant Jésus. Ici, les trois hommes forment une Trinité, un homme parfait, capable de soutenir le Christ sur son chemin empli d’embûches. Nous avons le sage Balthazar, symbolisant le père, le puissant Melchior, amant parfait et le fidèle Gaspard dans le rôle du frère et du confident.

La construction du récit quant à elle permet de ménager le suspens et de revenir sur des éléments importants pour l’intrigue. Ainsi, la jeune femme
Gaspard
raconte son périple à Gaspard et ses compagnons de route tandis qu’ils se dirigent vers le village duquel Gaspard est le chef. Ces flash-backs, racontés du point de vue de l’ange permettent de mettre en avant sa bonté et son regard empreint de sollicitude pour ces pauvres mortels qui ont croisé sa route. Loin de l’imagerie religieuse véhiculée par la Renaissance italienne, on a affaire ici à un peuple de nomades, où chacun tente de survivre comme il peut, où la faim est toujours présente. On colle plus près d’une réalité historique et d’une pauvreté réelle. Nous ne sommes pas dans la parabole mais bel et bien dans le concret et tout ce que cela peut traîner d’horreur et de violence. On ressent la souffrance de cet ange confronté à ce monde absurde, le récit tourne d’ailleurs souvent vers le comique tant il y a un décalage entre un conformisme extrémiste obligeant la jeune femme à tenir son rôle de femme soit se taire et subir et la naïveté sublime de l’ange qui supporte tout sans coup férir en gardant de sa superbe et de sa majesté.

Le dessin quant à lui rappelle les illustrations des années 60-70 avec un trait proche de celui de Georges Lévis ou Marcel Marlier. Cependant, l’auteur a su y insuffler, notamment grâce au travail de la couleur, une certaine modernité, ne figeant pas ses personnages et leur conférant malgré tout une étincelle de vie. Oscillant entre le ringard et le dynamisme, le dessin adopte son propre style qui finalement colle très bien au scénario

Au final nous avons une bande dessinée riche historiquement et offrant une alternative nouvelle à l’Annonciation, soit une relecture moderne et engagée servant comme base de réflexion et permettant au lecteur de se poser des questions et par là même de s’élever un petit peu intellectuellement. Qui plus est le récit est vraiment prenant et poignant et avec la beauté formelle du trait, tout à fait efficace.

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