9/10Jerry Spring - Intégrale 1 - Tomes 1 à 4

/ Critique - écrit par plienard, le 02/11/2010
Notre verdict : 9/10 - Les aventures de Jerry et Pancho (Ecrivez votre critique)

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Avec les intégrales de Dupuis, on a la chance de redécouvrir les héros de nos parents. On découvre aussi les modèles qui ont forgé nos dessinateurs vedettes.

On connaît assez peu Josepfh Gillain, dit Jijé. Auteur emblématique des éditions Dupuis, il a notamment fait quelques Spirou, mais il est surtout l'auteur de Blondin et Cirage et de Jerry Spring. La couverture de l'intégrale n°1
La couverture de l'intégrale n°1
Influencé par les auteurs américains (Milton Canif) et leurs histoires de cow-boy qu'il avait découvert pendant et après la guerre et que les soldats américains ont apporté dans leurs valises, il fut d'abord un exemple pour des auteurs comme Franquin ou Morris mais aussi et surtout leur ami. Et à l'instar des auteurs américains, Jijfé cherchait la rapidité et l'effervescence à travers le contact avec d'autres auteurs. Choses qu'il retrouvait au sein des studios Dupuis.

Adepte du noir et blanc, il n'aimait pas colorier ses albums. Et c'est dans l'optique de correspondre à l'esprit de Jijé que les éditions Dupuis nous proposent deux intégrales sur Jerry Spring sans couleurs.

Golden Creek, le secret de la mine abandonnée (1955)

Jerry Spring arrive près d'un campement abandonné en pleine nuit. Conscient que cela n'est pas normal, il s'approche à tâtons. Quand, tout à coup, un vaquero (cow-boy mexicain) le pointe avec son arme et décide de s'enfuir avec son cheval Ruby.
Bien mal lui en prend, car le cheval n'accepte qu'un seul cavalier et le désarçonne aussitôt. Jerry ramasse alors l'arme de son agresseur. Mais voyant qu'il peut lui faire confiance, il lui pardonne. Le Mexicain lui explique alors les raisons de son comportement. Il fuit la bande de Black Jake qui poursuit tous les Mexicains qu'il soupçonne d'aider une bande de voleur de bétail.

Première aventure et mise en place du héros Jerry Spring, cette histoire nous montre tout le talent de Joseph Gillain. Si le héros peut sembler un peu lisse pour notre époque, la qualité du dessin et du scénario nous montre que ces deux qualités suffisent à faire une belle histoire. On comprend aussi que l'auteur ait pu être un exemple pour des auteurs qui nous sont plus contemporains. Derib et Jean Giraud sont de toute évidence de ceux-là, ce que le dossier supplémentaire de l'intégrale confirmera.

Yucca ranch (1955)

Jerry profite d'un moment de paix pour se balader dans le désert sur son fidèle destrier Ruby. Quand, tout à coup, des coups de feu retentissent derrière lui. Un cavalier semble le prendre en chasse. Une course poursuite s'engage alors ainsi que le début d'une grande aventure. Dans cette histoire, Jerry va libérer une femme de ses ravisseurs, aider sa famille à traverser les terres indiennes pour rejoindre la Californie et démasquer un imposteur.

1ere rencontre
1ère rencontre
Ce que l'on a pu entrevoir dans le premier tome, se révèle ici comme une caractéristique de Jijé. Les dessins sont impeccables. Le noir et blanc est maîtrisé totalement. Les expressions sont bien retranscrites, seuls les sentiments manquent un peu. On a là un héros à l'ancienne. Il n'a aucune sexualité, il est toujours prêt à aider son prochain, n'a aucun vice, au contraire. Il est droit dans ses bottes qui sont très jolies (dixit un desperado). Au point que même les Indiens lui font confiance. On retrouve aussi Pancho qui devient son alter ego. Et c'est là aussi tout l'intérêt de cette bande dessinée. Pancho n'est pas un sous-fifre inutile. Bien au contraire, mexicain de sang indien, il apporte à Jerry toute son expérience et sa connaissance qui font défaut à Jerry.

Lune D'argent (1956)

Pancho est à la recherche de Jerry sur les terres indiennes des Kiowa. Il finit par le retrouver en train de marchander des breloques avec une tribu. Mais le troc se passe mal et une bagarre éclate entre le cow-boy et le fils du chef de la tribu, tête folle. Discrètement Pancho libère son ami et ils s'enfuient le plus rapidement possible. Vont-ils s'en réchapper ?

Le scénario est encore à la hauteur de ce qu'on attend. De nombreux retournements de situation, de l'action et du suspense, vous avez entre les mains une histoire digne des plus grands westerns du genre. Si certains se plaindront de la trop belle pureté du héros, on prendra plaisir à le voir prendre le second rôle et laisser Pancho prendre tous les risques.

Trafic d'armes (1957)

Jerry cherche à retrouver Pancho. Mais la révolution mexicaine a fait des dégâts et les villages et les fermes sont pratiquement tous désertés. Ils trouvent une raison d'aller au Mexique en convoyant une cargaison de machines à coudre jusqu'à la ville de Chihuahua. Et c'est à nouveau le début des ennuis !

S'il fallait une preuve du côté boy-scout de Jerry, la voici. Nous sommes en pleine période de conquête de l'Ouest avec ce que cela comporte de bandits et d'escrocs, en pleine révolution mexicaine et dans une toujours possible insurrection indienne. Et monsieur Spring pense que l'on convoie des caisses de machine à coudre. Notre héros est un peu naïf et provoque le même rire moqueur que celui des soldats mexicains quand ils lui demandent ce qu'il transporte.

sans les mains !
sans les mains !
On peut regretter que Jerry Spring soit un héros parfait. A l'instar de Blueberry qui est un personnage plus fouillé, Jerry reste quand même intéressant par le fait que l'on ne voit plus ce genre de personnage. La puissance du noir et blanc donne en plus un côté nostalgique. On appréciera aussi les scénarii fouillés de Jijfé et qui sont loin du manichéisme des westerns de l'époque : les blancs sont les bons et les Indiens des méchants. Comme une sorte de précurseur, il a su montrer que l'histoire de la conquête de l'Ouest n'était pas aussi rose que les films américains semblent le laisser croire. Et avec des valeurs simples comme la générosité, la justice et la fraternité, Jerry est un héros attachant auxquels de nombreux enfants ont pu s'identifier.

Il fut une époque où chaque magazine de bande dessinée avait son histoire de cow-boy. Si au départ, ce sont surtout des héros importés d'Amérique qui envahissent les planches, peu à peu ce sont des héros made in France ou made in belgium qui prennent la place. Evidemment de fortes valeurs chrétiennes garnissent ces aventures. Et si jijé a été inspiré par les auteurs américains et leur méthode de travail, il a formé les grands noms de la bande dessinée franco-belge : Franquin ou encore Morris. Mais Jerry a aussi inspiré des héros plus contemporains comme Lucky Luke. En effet, comment ne pas voir ce dernier quand Jerry Spring est représenté avec un Blue jeans et une chemise jaune et voir Jolly Jumper dans Ruby et le rapport très lié entre le cheval et son cavalier.

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