8/10Jérôme d'Alphagraph - Tome 6 - Jérôme et la route

/ Critique - écrit par riffhifi, le 02/02/2010
Notre verdict : 8/10 - Toutes les routes mènent à Jérôme (Ecrivez votre critique)

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Sixième tome pour Jérôme d'Alphagraph, dont les tribulations onirico-philosophiques se taillent décidément une place à part dans le paysage du neuvième art, occupant un terrain quasiment impressionniste.

Cette année, Jérôme d'Alphagraph fêtera ses huit ans d'existence. Un petit bout de chemin pour le bonhomme créé par Nylso, qui s'est adjoint depuis plusieurs tomes la collaboration de Marie Saur au scénario. Les éditions flblb affirment leur goût d'une œuvre marginale avec cette série étonnante, à la fois toute simple et difficile d'accès, qu'il faut relire plusieurs fois pour s'y sentir chez soi.

Le petit héros s'apprête à entamer un nouveau cycle. Renvoyé de la librairie pour son propre bien, il doit se résoudre à prendre sa roulotte et son âne Bourrique pour se rendre à la capitale. Mais dans le monde de Jérôme, l'important n'est pas tant la route sur laquelle on marche que le chemin parcouru dans sa tête ; rien d'étonnant à ce que l'album entier suffise à peine à couvrir physiquement le chemin qui sépare la petite ville de la grande. Jérôme prend le temps d'interroger
son ancien mentor Maître Chou, avec qui le dialogue s'installe lorsqu'il rentre en lui-même, dans les méandres de son esprit représenté sous forme de roches et de tourbillons. Il s'occupe de trouver un remède aux rhumatismes de Bourrique. Il se demande qui doit l'accompagner dans son périple. Son amie Sultana, qui part elle aussi pour faire des études de lettres et devenir écrivaine ? La petite fille blonde qui le suit partout avec son vélo ? Et les gens qui l'entourent prennent le temps de dispenser au lecteur leurs propres pensées sur le temps qui passe, les inconnus qui nous entourent et les sensations que procure le train, sous forme de conversations ou de journal intime.

Le récit n'a pas vocation à aller de l'avant, il peint par petites touches impressionnistes, par tranchounettes de vie ou de réflexion, le tableau d'une micro-humanité attachante. Une deuxième lecture permet de se lover davantage dans l'ambiance, de profiter des moments de silence, de savourer l'écho que les paroles des protagonistes peuvent trouver chez nous.

Graphiquement, Nylso pratique la schizophrénie, le grand écart permanent entre le minimalisme des personnages et la densité quasiment autiste des décors, entre les pages muettes et les salves de dialogue touffu, entre la petitesse de cases accusant à peine 1/16 de la page carrée et l'ampleur d'illustrations qui occupent toute la planche... On pense à Sempé pour le dessin attendrissant fait de petites touches, à Quino et sa Mafalda pour l'attitude intellectuelle de ces gamins trop sérieux pour leur âge, mais Jérôme n'appartient au bout du compte qu'à ses auteurs.


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