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3/10Itinéraire d'un soumis

/ Critique - écrit par Maixent, le 07/01/2014
Notre verdict : 3/10 - Une vie de Fée (Ecrivez votre critique)

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un catalogue des pratiques BDSM en vigueur

Il y a trois ans, Axterdam  sortait chez Tabou un très bel ouvrage, Indiscrétions, sorte de reportage érotique. Reporter mais pas acteur d’une sexualité différente, parfois extrême, il guidait le lecteur sur la voie du voyeurisme, donnant à voir d’un trait agile et nerveux ces ébats et pratiques hors normes. Ces portraits de corps languissants pris sur le vif mettaient en lumière un Paris souterrain bien réel sans jugement, une sorte de plongée discrète dans un autre monde. Mais autant Indiscrétions surprenait et embarquait le lecteur avec une nervosité du trait et une implication de l’auteur, autant Itinéraire d’un soumis manque de cette force qui faisait tout l’intérêt.


Attaque japonaise

 

Itinéraire d’un soumis propose de mettre en dessin trois « aventures » de Fée Tishe, soumis parisien vivant pleinement sa sexualité qui se présente simplement : « Je m’appelle Fée Tishe et je pratique le BDSM. Je me livre à mes dominatrices qui peuvent faire de moi absolument tout ce qu’elles veulent ». Le ton est donné et nous suivons notre héros d’abord chez Aloysse, Domina de qualité puis lors de la croisière élastique, pris en charge par des japonaises joueuses, adeptes du shibari et du fouet et pour terminer lors d’une séance de dressage et de féminisation.

La démarche est intéressante. On est loin des clichés de soumission, tout en les intégrant dans un quotidien. Surtout, la démarche de Fée Tishe est mise en avant, expliquant une sexualité réfléchie qui lui est propre sans essayer de se mentir. La plupart des soumis ont une sexualité complexe, très réglementée dont les limites ne sont pas les même que la plupart des gens. Ici le héros n’est pas un déviant mais un jouisseur ayant des relations suivies avec ses domina. L’homme est intéressant, vivant sa sexualité sans limites, sans le crier sur les toits, mais sans trop le cacher non plus, avec une certaine sérénité. On est loin des dilemmes schizophréniques et des débats moralistes et les actes sexuels s’enchaînent naturellement.
Latexé

 

Le fait que ce soit un témoignage a son intérêt mais aussi ses faiblesses. On rentre certes dans le vif du sujet sans détours mais le style narratif en pâtit. Il manque une vision d’auteur et les phrases courtes s’enchaînent sans poésie. Ce ne sont que des descriptions, des états d’âme pris sur le vif qui ne permettent pas de rentrer dans le récit. Fée Tishe expose les faits, son quotidien, détaillant les pratiques et les instruments utilisés, ce qui donne un aspect catalogue parfois rébarbatif. Il partage des expériences, comme le fait d’être entièrement « latexé », mais le lecteur absorbe l’info comme s’il regardait un reportage, ne ressentant pas le moment. On pourrait en dire autant de la douleur des coups de fouet ou de l’humiliation ressentie. L’aspect froid et clinique est une forme d’érotisme mais là c’est plus perçu comme une absence qu’une réelle forme artistique.


Soirée à la maison

 

Pour ce qui est du dessin, il est absolument sans intérêt. Se bornant à de l’illustration facile sans parti pris. Le trait vif et nerveux d’Indiscrétions participait à la narration. Avoir choisi un dessin plus lisse, retravaillé à l’ordinateur pour les ombres, avec un trait forcé, comme si Axterdam essayait de faire du propre est en décalage avec le propos. C’est un peu trop facile quand on sait les capacités du dessinateur. Ouvrir l’album sur le même dessin répété trois fois en rognant pour donner une impression de zoom arrière n’était pas forcément une bonne idée. On en retient surtout une certaine fainéantise. De même le rendu des personnages est inégal, certains sont travaillés, avec un travail sur les matières, tandis que d’autres n’ont aucun volume et sont cantonnés à une triste 2D.

L’album propose un catalogue assez riche du BDSM avec tout ce que cela comporte de décorum mais tout ceci manque de finalité. Tout repose sur l’aspect sexuel mais cela ne suffit pas à faire un bon livre. Il aurait fallu approfondir un peu plus et ne pas mettre de côté l’aspect artistique. 

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