8.5/10Inès

/ Critique - écrit par athanagor, le 23/04/2009
Notre verdict : 8.5/10 - Il faudra bien l'arraisonner (Ecrivez votre critique)

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Deux auteurs, habitués à l'introspection, nous laissent observer le cas d'une femme battue, et c'est si fort et si touchant qu'on appréhende alors ce phénomène différemment.

Dans l'appartement d'à côté, une enfant ne cesse de pleurer en appelant sa maman. Le jeune couple sur lequel s'ouvre cette BD s'interroge, et la fille décide d'aller voir ce qui se passe. D'un air affable, le voisin lui assure qu'il ne s'agit que d'un caprice à l'heure du coucher, qu'ils essaient, lui et sa femme, de ne pas alimenter. On découvre pourtant bien vite que si sa fille appelle ainsi sa maman, c'est poussée par la peur. Sa mère s'est enfermée dans la salle de bain, refuge aux coups de son mari. Le lendemain, les marques que lui laissent ce moment l'empêchent de conduire sa fille à l'école. La déclarant malade auprès de l'établissement, elle va passer la journée à jouer avec elle. Au moment de se laver, elle contemple son corps meurtri par cette relation. Elle ne sait pas si elle doit s'échapper et, le cas échéant, comment elle devrait s'y prendre. Sa plus grande peur, c'est de devoir y retourner après la fuite. Le soir, son mari ramène un collègue. Celui
 aussi, de vouloir lui faire la leçon. Comment peut-il intégrer que ce gars, qu'il côtoie quotidiennement et avec lequel il entretient des rapports amicaux, soit le même à l'origine de ces marques ? Le point de vue de la petite fille, qui n'est pas abordé en détail, contribue pourtant lui aussi à brouiller les repères. Elle aime son papa et ça ne va pas plus loin. Elle sait qu'il fait du mal à sa mère, mais comment rattacher ces informations en un tout cohérent, pour une fille de son âge qui cherche avant tout l'amour de ses parents ?

Cette BD se présente donc comme un dissertation exhaustive sur le phénomène. Elle montre ce qu'on ne voit pas en pénétrant l'intimité du couple, met des mots sur les sentiments de la victime, analyse les regards extérieurs et dénoncent le phénomène comme universel, et pas seulement concernant des couches socioprofessionnelles particulières.

Le dessin magistral qui accompagne le récit forge, grâce à un trait étonnant et à une vrai maîtrise des silhouettes, une ambiance physique et psychologique prenante, et traduit à la perfection la violence maladive des coups portés, jusqu'à l'inconfort. Le malaise est suscité en partie par l'excellent trait en noir et blanc, mais aussi par la construction empathique du récit. On souffre réellement avec cette femme que l'on suit sur plus de 90 pages, et cette impression est renforcée par la vitesse à laquelle se lit l'ouvrage. Peu de texte, mais des images fortes et expressives qui captent avant tout l'inconscient du lecteur, dans la rapidité de sa lecture. Comme une formule psychologique, le rythme soutenu suscite une sensation profonde, générée par la richesse des informations étalées en très peu de temps. On provoque ainsi l'âme, comme le ferait une grande émotion, déclanchant dans l'esprit une myriade de données et de pensées en un battement de cil, impression marquante s'il en est.

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