8.5/10Ignition City - Tome 1

/ Critique - écrit par Maixent, le 11/06/2012
Notre verdict : 8.5/10 - Rétrofutur (Ecrivez votre critique)

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Pour les amateurs de Comics, il est inutile de présenter Warren Ellis. Père du journalisme Anarcho-gonzo futuriste à travers le personnage de Spider Jérusalem, scénariste de génie, il est aussi à l’aise dans les écuries Marvel que celles de DC. Bref, il est une référence incontournable du monde du Comics mais ce n’est pas pour cela qu’il ne prend plus de risques en continuant à produire des albums complexes et incisifs tels que celui-ci.

Dans un monde proche de celui de Rocketeer sans le côté Disney de l’adaptation
Rocketeer version flic corrompu
ciné, mélange de cyberpunk avec une esthétique année 40 que l’on pourrait retrouver par exemple chez Indiana Jones, la saleté en plus, débarque Mary Raven à bord d’une sorte de Mustang de l’espace. On se trouve plongé dans cette réalité alternative, quelques années après qu’une attaque martienne ait interrompu la Seconde Guerre Mondiale, dans un spatioport malfamé. À mi-chemin entre le western, l’enquête policière et la SF pure, Warren Ellis nous entraîne dans cette uchronie cyberpunk peuplée de héros attachants et de loosers désœuvrés et brutaux côtoyant des extra-terrestres tout aussi largués. Perdus dans un no man’s land où sont confinés tous les rebuts de la société, sorte de District 9 en puissance où l’espoir n’existe plus, rongé par la corruption.

Là, Mary Raven tente de faire toute la lumière sur la disparition de son père, le
Mary Raven
légendaire pilote Rock Raven mais se heurtera très vite à l’animosité des autochtones  et découvrira un terrible secret qui influera sur toutes ces anciennes
gloires exilées dans ce territoire oublié. En effet, à Ignition City se retrouvent tous ces anciens héros défaits par la guerre, traumatisés et à bout de souffle qui ne sont plus que le reflet d’eux-mêmes. Youri, le plus grand cosmonaute russe a sombré dans l’alcoolisme, Gayle est la tenancière d’un bouge sordide après avoir été la première femme dans l’espace et le grand Bowman l’Eclair vit de trafic d’armes et a les intestins bousillés à force de se nourrir de pilules alimentaires. Toute une pléiade de personnages extrêmement construits, comme a l’habitude de faire Warren Ellis, à la personnalité riche et qui servent vraiment l’intrigue, entraînant le lecteur dans leur monde et leurs problématiques.


Hitler le martien
Au niveau du dessin, la ligne claire et réaliste de Gianluca Pagliarini convient parfaitement à l’univers dieselpunk de la série. Le trait est maitrisé et chaque détail de cette décharge sordide est mis en valeur. Le rendu des matières est impeccable et on est plongé dans les entrailles de cet univers de métal
et de crasse qui ferait penser au Nautilus laissé à l’abandon.

Ce premier tome inaugure une série dans l’ère du temps, reprenant des éléments passés pour mieux intégrer les modes du présent.  En retravaillant les codes des années 40, que ce soit dans l’imagerie ou dans les attitudes, les auteurs  ont réussi à ancrer leur récit dans un entre deux guidant le lecteur sur des chemins connus tout en l’emmenant dans une réalité alternative différente. Un peu comme Captain America défendant des valeurs  d’un autre temps et en perpétuel décalage après sa décongélation, le lecteur est entrainé dans cet univers si différent et pourtant d’une certaine façon proche de lui.

Au final un très bon récit populaire dans l’esprit de celui de Jules Verne, De la Terre à la Lune mais remis au goût du jour avec talent. En attendant de savoir ce que deviendront ces héros de l’espace dans un prochain tome, à savoir si la fougue de la jeune Mary aven suffira à les tirer de leur torpeur ou s’ils se laisseront aller à leur décrépitude.

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