7/10Homo erectus

/ Critique - écrit par Maixent, le 28/02/2021
Notre verdict : 7/10 - L'homme descend de l'arbre (Ecrivez votre critique)

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L'évolution, cette vaste blague

Il faut croire que l'âge de pierre comme métaphore des travers de notre société et critique d'un système a le vent en poupe. En témoigne le succès de la série Silex and the City de Jul qui sort au rythme d'un album par an depuis 2009. De la même manière, Ralf König va se servir de ces humains pas finis, chaînons manquants façon Picha, pour reprendre les thèmes qui lui sont chers. De Homo Erectus à Homo Sapiens en passant par homo tout court, une vision accélérée et malheureusement plus juste qu'il n'y paraît de la théorie de l'évolution, ou comment l'on devient de plus en plus con.


Problèmes de société

 

Mettant encore une fois son amour du théâtre et de la tragédie dans la composition de son récit comme c'était le cas dans l'Automne dans le pantalon, le récit s'ouvre sur une pièce de théâtre accueillant différents singes, dont un couple de touristes égarés arborant fièrement bedaine, tongs et certitudes bas du front. Le narrateur, va nous compter les aventures de Flop, intellectuel, pessimiste et homosexuel dans un monde dominé par la loi du plus fort et où avoir les plus grosses couilles est gage d'évolution dans la hiérarchie sociale. On le voit très clairement, cette histoire pourrait se passer de nos jours, dans la veine des romans satiriques classiques.
L'émancipation des femmes

 

 

 On est donc transporté en Afrique il y a six millions d'années pour assister à toutes les révolutions, de primate à homme, que ce soit des évolutions techniques ou physiques. On apprendra à se tenir debout, à agrandir son territoire en descendant dans la plaine et à poser les bases d'une société pensante instaurant hiérarchie de classe et discriminations car finalement c'est cela qui fait le sel de l'humanité et c'est bien le problème. Sera abordé par exemple le thème de la libération de la femme avec une vaine tentative de ne pas être uniquement des matrices en gérant la période d'ovulation et où le compromis est simplifié : pas de cul rouge mais sexe possible toute l'année en l'échange d'un corps de rêve dû à la station debout qui permet également d'être au même niveau que les hommes. On le voit, ce n'est pas gagné. En reprenant les grandes idées du siècle (le genre, le véganisme, la virilité, etc...) à leurs balbutiements, l'auteur résume quand même l'idée principale : c'est la merde et ce, dès le départ.


L'Amour

 

Flop lui est un mélange de Konrad et Paul, les héros de Ralf Konig dont on suit les aventures depuis plusieurs années. Confronté à la bêtise des autres, il ne trouve le réconfort que dans les bras de l'homo robustus, un peu con con mais montrant son affection par de grosses léchouilles et possédant un os pénien, ce qui peut avoir quelques avantages pour un singe concupiscent. Décalé, lucide, il réfute une idée d'évolution allant vers la bêtise et la brutalité au profit du plaisir et du respect de l'autre, voire d'une extinction sans heurts après une vie bien remplie.

Le texte sous-jacent de Ralf Konig est toujours aussi fin, empreint d'une philosophie de vie assumant ses « déviances » dans un monde de fou. Il peint à travers ses personnages a priori caricaturaux une peinture vivante de l'humanité avec ses contradictions mais toujours avec tendresse.

 

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