7/10Histoires à lunettes - Tome 5 - Le monde est flou

/ Critique - écrit par riffhifi, le 14/04/2009
Notre verdict : 7/10 - Bain de flou (Ecrivez votre critique)

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Clarke sans Midam, c'est à la fois la joie dans la continuité et l'impression que leur univers commun est en train d'user ses dernières ficelles. Il faudrait peut-être renouveler les bases des gags récurrents.

Les histoires à lunettes durent depuis onze ans déjà. Sauf que (tenez-vous bien), sur les quatre albums déjà parus, deux ne sont pas intitulés Histoires à lunettes. Car en fait, la série d'origine s'appelait Durant les travaux, l'exposition continue. Mais le tome 4 ne s'appelait pas non plus Durant les travaux, l'exposition continue, car il était signé de Clarke en solo là où les précédents étaient scénarisés par Midam. Vous suivez ? Chapeau. Maintenant ne partez pas, il y a mieux : pour fêter la sortie de ce cinquième tome, Dupuis ressort les quatre précédents, qui porteront enfin tous le titre « Histoires à lunettes ». Sauf que le premier sera désormais sous-titré Par-delà le point focal, et le deuxième Bienvenue dans la 4e dioptrie (au lieu de
Retour des histoires à lunettes
) ; en revanche, le troisième reste intitulé Crises de foi et le quatrième Le miracle de la vie. Non pas que tout ceci ait la moindre influence sur le contenu, qui reste une succession de gags absurdes sans autre connexion entre eux que quelques personnages récurrents, et l'omniprésence de lunettes sur les pifs des protagonistes. Faites juste gaffe à ne pas acheter un album que vous auriez déjà sur une étagère depuis dix ans, en pensant trouver un nouveau tome.

Le monde est flou, c'est une certitude, est un nouveau tome. Encore que, à la lecture de la énième variation du gag de l'amnésique, du millième dilemme des naufragés sur le point de s'entre-bouffer, ou de la millionième prise de bec des scientifiques Jenkins et Médart à propos de l'invention débile du premier, on finit par avoir l'impression d'avoir déjà eu l'album dans les mains. Beaucoup d'absurdité, un peu de cruauté (personnages mutilés, humour noir stoïque), les Histoires à lunettes constituent un divertissement haut de gamme, mais à vouloir entretenir l'héritage de son pote Midam, Clarke semble se brider un peu sur l'invention de nouveaux principes à décliner. Il se fend bien de quelques clins d'œil, notamment à Alain Dodier (auteur de Jérôme K. Jérôme Bloche) et à Superman (encore un Clark qui aime les lunettes), et se fait plaisir à glisser au détour d'une page une femme à poil qui pourrait très bien être Mélusine en vacances, mais reste globalement très attaché à suivre les traces des quatre
premiers albums. Ce qu'il fait d'ailleurs avec le brio et l'élégance qu'on lui connaît, ses dessins restant un modèle de drôlerie pince-sans-rire accentué ici par l'absence de regard des personnages lunettés.

Moins déchaîné que sur ses albums fluide-glaciaux ou sur les Mister President qui paraissent chez Le Lombard, Clarke assure la continuité de l'époque Midam avec ce cinquième tome, qui sert essentiellement à mettre en valeur la réédition des quatre autres. Dommage que les 44 pages de gags soient suivis d'un mini-dossier en forme de faux reportage, qui se révèle assez agaçant dans sa fausse immodestie. S'amuser à déclarer « on est les meilleurs » sur sept pages, c'est une forme de pédanterie qui n'est pas très éloignée de la véritable autosatisfaction. Mais on y recroise Alain Dodier.

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