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9.5/10Histoires inavouables

/ Critique - écrit par Maixent, le 11/12/2013
Notre verdict : 9.5/10 - Nouveaux souvenirs lamentables (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

De belles histoires vécues qui au-delà de l'érotisme mettent en avant une simplicité amoureuse progressiste

On savait Ovidie intéressée par la bande dessinée. Si ma mémoire est bonne c’est dans une interview pour l’Echo des Savanes qu’elle avait expliqué le choix de son pseudonyme, issu de l’album de Ptiluc, Destin farceur, où Ovidie est un personnage complexe, grande prêtresse revancharde bien décidée à conquérir sa place dans le monde. Connue en tant que réalisatrice, actrice ou encore écrivain, elle ne s’était cependant jamais tourné vers la bande dessinée avant cette première collaboration avec Jérôme d’Aviau déjà remarqué en ce qui concerne l’érotisme dans Premières fois.


Première expérience échangiste
Les collaborations, surtout entre deux personnes n’ayant pas le même parcours, sont souvent hasardeuses mais ici, l’alchimie fonctionne. Ovidie a proposé dix histoires courtes, basées sur des faits réels. Des histoires vécues, par elle-même ou par d’autres, confiées sous le sceau du secret, ce qui leur confère une réelle authenticité, bien loin de l’imagerie pornographique et des clichés habituels. Ces courts récits sont parfaitement mis en image par Jérôme d’Aviau qui prête la douceur de son trait plein et de ses grans aplats en noir et blanc, collant parfaitement au récit.

Des histoires humaines donc, sans pornographie, mais sans censure non plus et offrant un angle différent par rapport à ce qu’on a pu lire dans le même genre. Plusieurs formes de sexualité sont abordées, que ce soit l’homosexualité masculine ou féminine, la masturbation, l’adultère ou comment prendre un selfie sensuel. Chacune apporte une touche d’humour et une vision des choses légèrement décalée qui embarque très vite le lecteur. L’homosexualité
Mais non on est pas gays, entre amis c'est normal...
masculine par exemple est mise en avant dans une historiette où une amitié virile dégénère un peu, lentement. Deux amis qui lors d’une soirée bière/pizza décident de regarder un porno, puis de se mettre à l’aise, puis de faire une branlette croisée, jusqu’à ce que leurs bouches s’égarent.

Pas de jugement dans l’album, mais des situations dans lesquelles on pourrait tous se reconnaitre. Soyons franc, qui n’a jamais profité du fait que le mari dormait pour coucher avec sa femme dans le salon ? Tout semble naturel et allant de soi malgré des situations qui n’arrivent pas tous les jours. De petits moments de vie qui la rendent un peu plus folle et sympathique, auxquels on croit. La composition du dessin participe de ce mouvement. Jérôme d’Aviau prend le temps d’imprégner son dessin de sensualité, jouant sur la subtilité, se passant souvent de paroles comme cette histoire sur l’échangisme ou l’on voit
L'art délicat du selfie
l’homme basculer, cédant à une jalousie déplacée  alors qu’il était l’instigateur de la soirée. Les auteurs réussissent à faire passer un message, ne se contentant pas d’aligner simplement les scènes érotiques pour le plaisir mais proposant une réflexion sur la sexualité, dédramatisant l’acte en le remettant à sa place, soit dans le quotidien. Sans en faire des tonnes et se perdre dans des considérations politiques, ils mettent en avant les combats qui ont toujours été le fer de lance d’Ovidie mais avec légèreté. Histoires inavouables est un manifeste à sa façon, de ceux qui ne sont pas évidents mais transmettent un réel message. Dans un monde où l'érotisme est souvent stigmatisé, il n'est pas aisé de réussir à faire voir des choses simples et universelles, allant de soi sans pour autant qu'il soit nécessaire de sortir la grosse artillerie.

Très bel ouvrage, maîtrisé dans sa composition et son ton. Le dessin fluide et moderne sans être prétentieux s’allie parfaitement aux propos de l’auteur. Pour une sexualité libre au-delà des obligations sociales, sans considération de sexe ou d’âge. Une vraie réussite à tous les niveaux et un bel album à conserver, s’insérant parfaitement dans une époque. On notera surtout le parti pris de proposer des histoires différentes avec humour et simplicité.

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