9/10Helldorado - Tome 1 - Santa Maladria

/ Critique - écrit par iscarioth, le 22/05/2006
Notre verdict : 9/10 - La colère de Dieu (Ecrivez votre critique)

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Bravo aux scénaristes Morvan et Dragan et au dessinateur Noé. Encore un ouvrage à rajouter à votre (pas si longue) liste d'albums indispensables du moment.

Vous pouvez en discuter avec votre libraire, il existe des lecteurs qui ne viennent le voir régulièrement que pour demander du Morvan. Jean David Morvan n'est plus qu'un simple scénariste. Il est devenu une marque repère, une valeur sûre dans laquelle les maisons d'édition investissent sans hésitation. Une petite trentaine de séries ont été mises en chantier par lui en moins de dix ans. Ses projets sont diversifiés, investissent de nombreux genres et tonalités. Ses collaborations sont indénombrables et quasiment toujours de grandes réussites. Ce mois, une nouvelle preuve de ses compétences est disponible en librairie : Helldorado.

Le nouvel Aguirre


L'histoire se déroule à l'époque des conquistadors. Les soldats espagnols détruisent et tuent sans même piller, semant l'horreur dans des villages jusqu'alors paisibles. Dans cette histoire, on rencontre deux centres narratifs. Tout d'abord le personnage du « Capitan », un chef d'armée monstrueux, humiliateur et sauvage, au visage complètement défiguré. Un destructeur fanatique qui renvoie beaucoup à Aguirre, créé par Werner Herzog et incarné par Klaus Kinski au cinéma puis repris en BD par Breccia et Cava. De l'autre coté, deux jeunes indigènes : Dathcino, espiègle et révolté et Hutatsu, plus tranquille et suiveur. N'imaginez pas une bande dessinée moralisatrice et manichéenne, avec d'un coté les affreux conquistadors sanguinaires et de l'autre les indigènes vierges de toute violence. Les planches les plus marquantes de l'album sont certainement celles qui mettent en rapport la cérémonie de mise à mort indigène avec la condamnation chrétienne par le bûcher. Violence et fanatisme vont de pair. Il ne s'agit pas ici de bons et de mauvais, mais du genre humain tout entier.

Un joli trio

Comme toujours avec les projets signés Morvan, la réalisation graphique est parfaite. Ignacio Noé est un excellent dessinateur-coloriste. Il possède un véritable style, alliant détails et clarté. Sa gestion de la lumière et des couleurs est particulièrement brillante. Le paysage tropical est un émerveillement pour les yeux.. Entièrement réalisées à la palette graphique, ses planches se font colorées et claires lorsque l'on parle des indiens et brunâtres lorsque l'on s'intéresse aux conquistadors. La gestion du rythme est elle aussi admirable. Les passages dialogués et ceux muets s'enchaînent avec une remarquable fluidité. Commencez à lire cet album, et vous serez très certainement frappé par sa scène introductive. Une scène de génocide muette. L'absence de parole renforce considérablement l'impact de la scène. Nos yeux sont tout entiers concentrés sur les visages, les gestuelles et tout un tas de détails qui accentuent profondément la terreur ambiante. Ce parti pris de mise en scène est tout à fait rafraîchissant. L'album se parcourt intensément, et l'adéquation entre dessin et texte est juste.


Bravo aux scénaristes Morvan et Dragan et au dessinateur Noé. Encore un ouvrage à rajouter à votre (pas si longue) liste d'albums indispensables du moment. Une véritable bouffée d'air frais.

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