7/10Hélas

/ Critique - écrit par riffhifi, le 28/01/2010
Notre verdict : 7/10 - Hélas pique (Ecrivez votre critique)

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Bourhis au scénario, Spiessert au dessin, Hélas est un ajout atypique dans la collection Aire Libre, avec son style visuel simplifié et son intrigue en forme de conte. Cependant, l'échange de rôles entre humains et animaux n'est pas nouveau en soi.

Le duo que forment Hervé Bourhis (scénariste, mais il sait aussi dessiner) et Rudy Spiessert (dessinateur, mais il sait aussi écrire) n'a rien d'inédit : on leur doit les séries Ingmar le preux (également chez Dupuis) et Le Stéréo Club (dans la collection Poisson Pilote de Dargaud), tandis que chacun construit de son côté une œuvre propre (Spiessert signait Bipèdes l'an dernier sous le pseudonyme de Pluttark, faut suivre). Cette fois, ils s'offrent une bouffée d' "Aire Libre" dans la collection du même nom, livrant une bande dessinée hors-série sur un thème de leur choix : l'animalité de l'homme. Ou l'humanité des animaux. A moins qu'on
préfère porter un regard plus nuancé sur Hélas, fable uchronique décalée.

Nous sommes en 1910, dans une France où cohabitent pacifiquement cochons, gorilles, chiens, hibous... Seuls les humains sont exclus de la société, et constituent une espèce sauvage en voie de disparition. Feuille et son frère Source font partie des rares survivants, convoités par d'impitoyables chasseurs. Trouveront-ils la compréhension, voire la compassion chez certains des animaux dominants ?

L'inversion des rôles, autant l'admettre directement, n'a rien de révolutionnaire. Le traitement dont le sujet fait l'objet ici fait même furieusement penser à la saga cinématographique de La planète des singes, depuis la traque d'humains dépoilés par des animaux anthropomorphés jusqu'aux scènes de tribunal dans lesquels sont jugés des individus supposés privés de conscience. Le message sous-jacent est évident, et renvoie à l'ensemble des périodes et des situations dans lesquelles l'homme s'est révélé d'une cruauté inacceptable envers un être vivant, qui est parfois son semblable. Bourhis joue malicieusement avec la nature bestiale de ses personnages, en truffant les dialogues de clins d'œil qui reflètent les relations sociales basées sur l'image que l'on peut avoir des différentes animalités, un
procédé que n'aurait pas renié un La Fontaine (« les bandits, ce sont les cochons de bourgeois. Je dis pas ça pour vous, hein, c'est une expression »).

Mais la métaphore animale, façon « en tout homme il y a un cochon qui sommeille » ou l'inverse, finit par flirter avec la lourdeur, et n'aurait pas suffi à tenir l'album à bout de bras. L'essentiel du plaisir, finalement, vient de la simple narration et du dessin franc et simplifié de Spiessert. Avec son découpage classique et maîtrisé (des cases sagement rectangulaires, globalement plus petites que la moyenne des productions actuelles, donnant ainsi un petit aspect rétro), et les couleurs de Mathilda qui appuient les différentes séquences de leur unité (bleue, orange, grise...), Hélas est agréable et facile à lire, à défaut d'être gorgé d'idées. On notera tout de même dans la résolution une ambiguïté douce-amère qui laisse à réfléchir, et introduit en quelques pages une subtilité qui manquait sans doute au reste.

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