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7.5/10Heidi au printemps

/ Critique - écrit par Maixent, le 18/11/2018
Notre verdict : 7.5/10 - Etre une femme (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Heidi adolescente.

On se souvient tous de Heidi, la petite fille des Alpes, notamment grâce l'adaptation en manga animé de 1974, d'après le roman original de Johanna Spyri publié en 1880. Personnage populaire par excellence, Heidi traverse les époques et les pays, permettant à chacun de s'identifier et abordant les thèmes universels du déracinement, de la mutation industrielle ou encore de l'amitié. Cette nouvelle adaptation de Marie Spenale ne déroge pas à la règle et aborde un sujet familier à tous, la découverte du corps, les premières relations sexuelles et l'émancipation.


Première fois

 

Le récit débute juste après la fin du premier roman original. Heidi quitte la grande ville et sa meilleure amie Clara pour retrouver la vie saine des alpages et son grand-père bourru mais aimant. Cependant, Heidi n'est plus une petite fille et sa vision des choses a grandement changé.

Le livre est découpé selon les quatre saisons. D'abord l'hiver synonyme d'ennui pour une adolescente rêvant de rencontres et de bals face à un grand-père rustique qui ne la comprend pas. On sent qu'il essaye de faire ce qu'il peut comme l'emmener vendre sur le marché avec lui, mais cela ne fait qu'infantiliser la jeune fille qui ne trouve sa place nulle part, si ce n'est en s'échappant grâce à la lecture, et ce, même si elle ne possède qu'un seul livre, la Bible.
Première dispute

 

Puis vient le printemps. Le cœur du récit. La saison des amours naissantes qui s'incarnent en la personne de Peter le jeune chevrier. Alors qu'elle le connait depuis toujours, son regard change et elle est traversée par des émotions alors inconnues. Vient alors ce moment délicat de partage des sentiments avec tout ce que cela comporte d' erreurs et d'incompréhension. Le corps change, les hormones s'affolent et Peter ne comprend rien... On ressent la détresse de cette pauvre jeune fille éprise de liberté et d'Amour qui se heurte aux conventions rigides du patriarcat, ancré en Peter malgré lui. 

L'été. Heidi prend l'initiative pour une première fois désastreuse pour elle, fantastique pour lui. Et puis ils s'emballent. Vivre ensemble. Avoir des enfants. Et la culpabilité de ce grand-père qui se sent trahi et abandonné. Heidi est perdue dans un flot d'émotions contradictoires entre piété filiale, désir d'émancipation et religion. 


Vaincre l'ours

 

Jusqu'à son départ à l'automne. Se fâcher avec Peter qui ne veut que jouir égoïstement et la ramener dans sa maison, sans prendre en compte ses désirs. Faire admettre au grand-père que non ce n'est pas un abandon, mais que les enfants grandissent. Et finalement repartir à la ville pour rejoindre Clara.

Il s'agit au final d'une histoire extrêmement classique avec un découpage traditionnel, et cependant, la qualité du dessin, la justesse des dialogues (et des non-dits), ou la tristesse ambiante de cette nécessaire transformation de l'enfance à l'âge adulte, font l'originalité du récit. Les scènes sont vraiment poignantes de cette jeune fille trop libre face à un machisme convenu. Tout ce qu'elle demande c'est d'être en accord avec ses envies et son corps et tout prend l'allure d'un combat entre la bêtise de Peter d'une part et cette force plus brutale qu'est l'amour de ses proches. Le grand-père prend l'allure d'un ours que l'on ne peut fuir, dévorant l'âme de la pauvre Heidi, tourmentée entre son devoir et la reconnaissance pour ce grand-père qui a tout sacrifié pour elle et son besoin de liberté. Finalement, la clé sera toujours le dialogue...

Entre naïveté et grands aplats de couleur pastel, Heidi au printemps est une fable intemporelle, naviguant entre la douceur de l'enfance et la violence du monde adulte. Un album émouvant et juste qui n'est pas seulement mignon mais inspirant.

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