9/10Gus - Tome 2 - Beau bandit

/ Critique - écrit par riffhifi, le 11/03/2008
Notre verdict : 9/10 - Blain de jouvence (Ecrivez votre critique)

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Humour, sexe et poésie dans un far-west de petit garçon : Gus reste une série en or, et Christophe Blain un auteur à mettre sous verre.

Après un premier tome brillant qui traitait à part à peu près égale les trois bandits de la bande de Gus, Christophe Blain livre un deuxième tome largement aussi savoureux que son prédécesseur, qui prolonge le plaisir et promet au moins une suite (on en espère même plusieurs). Bel ouvrage.

Gus, personnage-titre, n'occupe pourtant qu'une place très annexe dans cet album : évacué après une histoire de 16 pages terriblement attachante (le cowboy au long tarin est un incorrigible cœur d'artichaut), il cède la vedette à son collègue Clem. Ce dernier n'a pas un cœur en forme d'artichaut, mais des cheveux en forme de brocolis. Et un nœud dans la gorge quand il pense au dilemme qui régit sa vie depuis le tome précédent : il ne veut pas abandonner sa femme et sa fille, mais il aime Isabella, qu'il a rencontrée à Eldorado... Mais Blain est évidemment trop malin pour infliger le traitement soap opera à un tel scénario : Clem est un hors-la-loi avant tout, et s'il fait sécession de la bande de Gus, c'est pour mieux se rêver en "beau bandit", braqueur classieux selon les vœux de sa belle. Flash-backs sur les origines de son couple, hallucinations dans lesquelles son double cyclope le
persécute, Clem introspecte tant qu'il peut entre deux attaques de banque.

Avec son beau graphisme ouvertement inspiré de la bande dessinée des années 30-40 (le Lucky Luke des premières années est une des premières amours de Blain), Gus parvient à recréer un charme désuet tout en brisant avec bonheur les codes du western : l'introduction de la romance chez les hors-la-loi, déjà présente dans le premier tome, fait ici de Clem un bandit principalement préoccupé par ses sentiments, une approche aussi inédite qu'habilement traitée. Jamais mièvre, le récit est traité avec un humour distingué et poétique tout en abordant frontalement la sexualité de Clem et Isabella. Attention donc à ne pas confondre Gus et Lucky Luke si vous êtes du style à offrir des bd aux enfants sans les lire : les bambins risquent de vous demander « pourquoi le Monsieur tout nu a un grand sourire quand la dame sort de la case ? »...

La mise en couleur, assurée cette fois à six mains par Walter, Alexandre Chenet et Christophe Blain lui-même, privilégie plus encore que dans l'album précédent les tons ocres et les cases monochromes, s'inspirant là aussi du travail de Morris. Toujours appliquées de manière franche, sans dégradés, les couleurs mettent ainsi
en valeur le travail d'ombre réalisé par hachure. Du beau boulot.

Voyage dans un far-west fantasmé, évocation troublante des sentiments humains sous une nappe d'humour et un dessin faussement vieillot, vent de liberté et d'imagination... Les beaux bandits Gus, Gratt et Clem ont encore de beaux jours devant eux, à voir comment un seul d'entre eux est capable de maintenir l'intérêt du lecteur sur un album entier. Faites de la place sur les étagères, on vous enviera bientôt de posséder les éditions originales de ce classique en puissance !

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