8.5/10Guerres civiles - 2ème partie

/ Critique - écrit par Maixent, le 17/05/2008
Notre verdict : 8.5/10 - Guerre des nerfs (Ecrivez votre critique)

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Un scénario très bien ficelé pour ce deuxième opus de Guerres Civiles. Les auteurs nous emmènent avec brio dans cette France apocalyptique en créant une tension palpable et posant des questions d'importance.

De même que London Calling, évoqué précédemment, Guerres Civiles suit un parcours éditorial mouvementé. Rappelons donc que la Collection 32 de Futuropolis existe maintenant en grand format. On est donc à la deuxième partie de Guerres Civiles, très attendue des bédéphiles.
Dans les épisodes précédents (ou l’épisode précédent si vous avez suivi les tribulations éditoriales et revendu vos petits formats pour un seul grand format), la France était en plein chaos. Reims et Paris ne sont que ruines parcourues par des factions militaires auxquelles s’opposent des groupuscules armés aux revendications inexistantes, mais prêts à mettre la France à feu et à sang. Dans ce pandémonium d’autant plus angoissant qu’il s’agit d’une fiction somme toute assez proche de notre réalité, Jean David Morvan et Sylvain Ricard, scénaristes de bd à la fiction comme à la ville, accompagnés de Frédérique, l’amie de Jean David et de Kyoshi, éditeur japonais perdu dans une guerre qui n’est pas la sienne, tentent de survivre.
A la fin du premier tome, la petite troupe réussit finalement à quitter Paris en direction de la Drôme, a priori moins touchée par les émeutes.

La première page de ce deuxième tome est muette. Déjà l’angoisse étreint leParis et le désert français
Paris et le désert français
lecteur. Embarqué sur une autoroute, en temps normale, saturée par les embouteillages, il n’y a rien. On est d’emblée embarqué dans une situation de fin du monde, les repères sont balayés et il va falloir tenter de survivre. Ce début d’album, sous la forme d’un road-movie digne d’un thriller, nous plonge d’emblée dans l’angoisse de la solitude. A chaque avancée des héros, on sent que quelque chose de terrible va se passer, les auteurs réussissant à ménager un certain suspense pour mieux nous plonger dans l’horreur.

Le plus marquBête, sale et méchant
Bête, sale et méchant
ant dans cette bd, au-delà d’un dessin de qualité, c’est la finesse du scénario et la qualité des dialogues. Les auteurs ne se contentent pas d’un récit de science-fiction où la guerre fait rage dans un monde livré au chaos et où chacun essaye de survivre. Il n’y a pas de morts-vivants ni d’extraterrestres. Pire, il y a des hommes. Des hommes soumis à leurs pulsions, empreints d’une violence sourde et d’une bêtise crasse. Les héros ordinaires sont surtout en manque de repères face à la bêtise animale de leurs semblables, le raisonnement ne valant rien face à des envies de viol et au besoin de pouvoir de certains.
Ainsi, quand finalement ils parviennent dans la Drôme, le pire danger ne vient pas des militaires ou des bandes de pillards mais d’un con rejeté par tous. Un loser beauf en survêt rouge à moitié illettré et membre de la milice qui, reconnaissant Jean David Morvan, scénariste de Sillage, lui demande une dédicace qui malheureusement n’aura pas le bon goût de lui convenir, mettant le feu aux poudres d’un engrenage ultra violent.

C’est un récit humaniste maîtrisé de bout en bout de gens simAngoisse
Angoisse
ples confrontés à une situation qui les dépasse mais tentant de rester des hommes malgré tout. Face à l’horreur comment réagir ? Ne pas être trop lâche, ne pas craquer nerveusement. En nous emmenant dans ce futur proche qui nous ressemble, Jean David Morvan et Sylvain Ricard nous forcent à réfléchir sur notre propre condition et à ne pas oublier les dérives de l’humanité qu’il faut absolument éviter.  
Ils réussissent à nous livrer un récit profond dont on ne sort pas tout à fait indemne. Plus qu’un simple album, Guerres civiles nous pousse à réfléchir sur la condition humaine, rappelant que les pires exactions sont ancrées au plus profond de nous. A travers leur récit, ils posent une question d’importance : quel genre d’humains serions-nous en temps de guerre ?

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