7/10Gil Jourdan - Tomes 5 à 8

/ Critique - écrit par riffhifi, le 01/12/2009
Notre verdict : 7/10 - Le Jourdan, c’est dans un mois (Ecrivez votre critique)

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Les tomes 5 à 8 installent la vitesse de croisière des aventures du détective privé, quelque part entre le sérieux du roman noir et l'humour bondissant du classicisme franco-belge.

Après Tif et Tondu, Yoko Tsuno, Spirou et Fantasio, Natacha, Lucky Luke et
Johan et Pirlouit
, les éditions Dupuis se sont attelés à la réédition en intégrale des aventures de Gil Jourdan. On y trouve les albums réunis par quatre (et non trois comme les séries précitées), accompagnés d'un dossier ficelé par José-Louis Bocquet, et emballés dans une couverture quasi-molletonnée qui vous permet de laisser tomber l'objet par terre sans trop de dégâts (évitez quand même). La totale sera bouclée en quatre volumes, celui-ci nous amène donc déjà à mi-parcours. De 1960 à 1963, les quatre enquêtes de Jourdan produites par Maurice Tillieux cristallisent une formule efficace, à défaut d'être foncièrement originale. On trouve également en fin de recueil la réédition de La poursuite, une courte histoire publiée en 1963, destinée à retracer les circonstances de l'arrestation de Libellule, avant les évènements relatés dans le premier épisode.

L'enfer de Xique-Xique

Pas de pique-nique pour Gil et Libellule : chargés de retrouver un scientifique enlevé par un gouvernement militaire, ils se retrouvent en pleine dictature, pris au
piège d'un tribunal qui les expédie dans un camp de travaux forcés. Son nom ? Xique-Xique, équivalent surchauffé d'un goulag sibérien. La toile de fond rappelle un peu L'oreille cassée, d'autant que le capitaine Escudero affiche un air de famille avec le général Alcazar de l'album d'Hergé... Tillieux n'a jamais caché son admiration pour Tintin et son créateur, il n'est pas étonnant de trouver bon nombre de points communs entre cette œuvre et la sienne. Gil Jourdan est un héros sans peur, Libellule un sbire haut en couleurs et Croûton un farfelu armé d'un parapluie, les parallèles sont faciles à établir. Mais dans le petit monde de Jourdan, on note quelques caractéristiques qui n'appartiennent qu'à lui : l'omniprésence d'un humour vieillot à base de vannes et de calembours, ainsi qu'un goût prononcé pour la représentation et la démolition de voitures. Ainsi par exemple, la planche 41 de L'enfer de Xique-Xique est consacrée exclusivement, en six cases, à la chute et l'explosion d'un camion, dans un mouvement entamé dès la page précédente ! Une telle passion trouvera un écho quelques années plus tard dans la BD réaliste avec Les casseurs.

Surboum pour 4 roues

... et pourquoi ?
... et pourquoi ?
La déglingue de bagnole, Tillieux en fait une marque de fabrique au point de l'afficher dans le titre de cet album, reprenant une phrase prononcée par l'un de ses personnages. Paradoxalement, les carambolages sont loin d'être les plus spectaculaires de la série, et l'intrigue alambiquée est finalement l'aspect le plus intéressant. Du point de vue narratif, on peut déplorer que Croûton, comme dans l'album précédent, n'apparaisse que dans la dernière partie, laissant Libellule sans réel partenaire de chicane ; il doit se contenter de subir les brimades de Jourdan comme un laquais. Quant au personnage de Queue-de-Cerise, la secrétaire dont le rôle apparaissait crucial dans les premiers tomes, il est désormais relégué au second, voire au troisième plan pour laisser la place aux hommes. Clairement, Tillieux est attiré par les univers masculins, les ambiances de polar viril, et doit composer avec les exigences humoristiques du journal Spirou et sa propre passion pour Hergé, accouchant ainsi d'une série assez unique. La filiation avec Tintin, dans Surboum pour 4 roues, passe en partie par une scène intégralement empruntée à Hergé, dans laquelle Libellule picole tandis que Jourdan discute avec leur hôte.

Les moines rouges

Pressé par Dupuis de se rapprocher du style de Franquin, Tillieux base son nouvel album sur un duo comique composé d'un gros maire balourd et de son adjoint fluet. En charge d'une petite commune bretonne déserte, ils font appel à Gil Jourdan pour résoudre une histoire de fantôme. Mais bien entendu, les Ils ont des chapeaux nuls, vivent les libellules...
Ils ont des chapeaux nuls, vivent les libellules...
fantômes, ça n'existe pas... L'auteur ressort l'ambiance pluvieuse du tome précédent, mise sur une première moitié Jourdan-Libellule avant d'introduire Croûton, et s'applique si bien à faire de l'humour qu'il en oublie de froisser de la tôle. Heureusement, André Libellule affligé d'un chapeau breton est une vision qui vaut toutes les voitures cassées du monde. L'intrigue, malgré son tiroir, n'est pas la plus inventive du répertoire et s'appuie sur quelques poncifs un peu trop gros ; reste que le rouge du titre procure une diversion visuelle par rapport aux teintes des autres épisodes, parfois saturés du jaune citron très particulier que l'on trouve notamment sur le costume de Libellule.

Les 3 taches

Non, le titre ne désigne pas Jourdan, Libellule et Croûton (un peu de sérieux, quoi). D'ailleurs, on ne sait pourquoi l'album porte ce titre que dans les dernières pages, ce qui laisse le temps de se demander s'il ne s'agit pas des nouvelles couleurs ajoutées à la palette du coloriste : le jaune précédemment cité n'est plus le seul à apparaître dans les pages, et il alterne judicieusement avec un jaune pâle plus adapté aux décors. L'ensemble des couleurs apparaissent d'ailleurs plus Tous sonnés
Tous sonnés
douces, et donnent au dessin un aspect légèrement plus réaliste. Pendant ce temps, les trois héros (même Croûton, pourtant introduit dès les premières pages) cèdent la vedette à deux malfrats qui fonctionnent en binôme comique comme les deux Bretons des Moines rouges : un gros idiot (clown blanc) et un petit innocent (Auguste), le premier passant son temps à baffer l'autre tandis que le deuxième provoque les pires catastrophes involontairement. Parmi celles-ci, bien entendu, on compte plusieurs explosions de voiture... Le duo se prête parfaitement à l'exercice du running gag, ce que Tillieux ne manque pas d'exploiter avec une précision impeccable. On se prend d'ailleurs à penser que l'album aurait pu s'appeler Les 2 taches... Mais le chiffre 3 est davantage chargé de vertus positives, comme tend à le prouver le choix du titre suivant : Le gant à trois doigts !

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