7/10Gil Jourdan - Tome 9 à 12

/ Critique - écrit par plienard, le 15/06/2010
Notre verdict : 7/10 - Gil de moins en moins de temps (Ecrivez votre critique)

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Cette troisième intégrale est toujours aussi complète et nous permet de découvrir les facettes (en tout cas, celles que l'on veut bien nous faire connaître) de la création des derniers albums de Gil Jourdan (au dessin) par M. Tillieux.

Couverture intégrale n°3
Couverture intégrale n°3
La troisième intégrale de Gil Jourdan porte sur les années 1966 à 1971, et plus précisément sur les albums Le gant à trois doigts, Le chinois à deux roues, Chaud et froid et enfin Pâtée explosive. Elle est aussi agrémentée de quelques très courtes histoires.

Le gant à trois doigts (1966)

Quand Gil joue les espions, il se retrouve au Gomen, et plus précisément à Goménorhabad la capitale. Il a pour mission de retrouver un célèbre physicien français, spécialiste de l'atome et empêcher l'émir Ben el Mehmed de créer une bombe nucléaire. Malheureusement Gil est attendu par l'émir et sa police.

Si l'histoire démarre sur les chapeaux de roue avec pas moins de huit pages de courses-poursuites avec une porte défoncée, quatre voitures embouties, autant de motos et un camion, la suite est quelque peu évincée. Le nombre de pages étant inamovible chez Dupuis, et M. Tillieux s'étant lâché sur ces premières pages, il fut dans l'obligation de raccourcir la suite. Notamment, l'attaque du casino est complètement absente ainsi que la récupération du scientifique. Quant à Libellule et Crouton, ils ont ici un rôle de figurant. Leurs retrouvailles avec Gil se font d'ailleurs sur les fauteuils d'un taxi de façon totalement improbable et chanceuse (merci le scénariste).

Le chinois à deux roues (1967)

Gil Jourdan est embauché par un entrepreneur chinois qui fait des scooters, surnommé le chinois à deux roues, pour enquêter sur l'importation clandestine de scooters bas de gamme qui plombent son commerce. Ils sont de mauvaise qualités et arrivent de l'Inde. Gil doit trouver où ils passent exactement. On retrouve donc nos trois comparses habituels, Gil, Libellule et Crouton sur la route de Pankouk, dans le Si-kiang, centre présumé du trafic. Mais la route va être parsemée d'embûches loin d'être naturelles.


Cet épisode paraît en 1967 et s'il y a une comparaison à faire, c'est avec le film Le salaire de la peur. Gil, Libellule et Crouton font route ensemble dans un vieux camion et ils vont devoir traverser une petite rivière, puis un pont, avant d'accéder aux routes de montagne. Ajoutez à cela, le pont scié, un autre dynamité, un avion qui les mitraille et une course poursuite sur les routes montagneuses, l'expédition sous une pluie incessante est un vrai calvaire. Cet épisode se recentre fortement sur les trois acolytes, même si Crouton est complètement léthargique tout le long de l'épisode. C'est presque un huis-clos dans le camion. Maurice Tillieux semble au sommet de son art dans le scénario, le dialogue et le dessin. On regrettera juste l'humour un peu moins potache de Libellule.

Chaud et froid (1969)

La disparition de fourrure n'est pas résolue par la police locale. Le célèbre détective Gil Jourdan est alors appelé à la rescousse de façon informelle. Et tout devient alors beaucoup plus clair.

Le grand souffle (1969)

D'étranges bruits et un souffle mystérieux s'échappent du gouffre de Florac. Le frère du concierge de Gil demande alors de l'aide au détective. Pendant ce temps, Libellule s'amuse à inventer et à bricoler de petits bolides avec des voitures anciennes au grand étonnement du garagiste, des passants et de Crouton.

La maison du mystère (1969)

Crouton est appelé par un ancien collègue pour lui rendre visite. Mais Libellule s'aperçoit dans un vieux journal que cette personne est morte depuis trois mois.

 

Dans l'album paru en 1969, ces trois histoires sont recensées. Trois histoires de plus en plus courtes qui montrent que Tillieux n'a rien perdu de son talent, mais qui prouvent surtout qu'il n'a plus pris (ou qu'il n'a plus eu) le temps d'enrichir chacune de ces histoires.  Ainsi, dans Le grand souffle, toute la série de gags concernant les voitures de Libellule est certes marrante, mais elle apparaît plus comme un bouche-trou que comme une plus-value à l'histoire. Certains pourront aussi reconnaître certaine scènes de Félix, une autre série qu'il avait créée par le passé. Et si depuis quelques temps déjà, on le voyait, c'est maintenant de plus en plus clair. Si Libellule a encore une légitimité à faire partie de la série, Crouton est de plus en plus un faire-valoir.

 

La pâtée explosive (1971)

Des bruits d'explosion dans une propriété de Neuilly, un vieux scientifique fou  qui accueille des dizaines de chiens, il n'en faut pas plus pour que Gil Jourdan mène l'enquête et empêche qu'une terrible invention ne tombe entre les mains de truands.

La guerre en caleçon (1971)

Le guerre est déclarée entre le Macasara et le Coronador. Afin de permettre l'arrivée d'un armement pour le Macasara, Gil, Libellule et Crouton doivent empêcher trois espions coronadoriens de prévenir leur pays.

 


Si Pâtée explosive semble de mauvaise qualité dans son scénario, il reste quelques jeux de mots qui rappellent les épisodes du début ou le lecteur pouvait rire à gorge déployée en compagnie de Libellule (« grappin dauphinois », « Quand c'est trop, il y a de l'obus »). Mais cela ne rattrape pas le scénario. On voit aussi que même les personnages ne s'amusent plus comme avant. Les éclats de rire de Libellule n'existent plus, et les vannes entre personnages ne sont plus aussi drôles. Pour La guerre en caleçon, plus sympathique, on pourra y reconnaître une histoire de Spirou, Le dictateur et le champignon (1956) et on aura malheureusement cette sensation de déjà-vu.

 

Au final, les deux premiers épisodes sont les deux dernières histoires d'envergures de M. Tillieux. Ses nombreuses occupations - avec le démarrage de la série Marc Lebut et son voisin, ses scenarii pour Tif et Tondu, et les premiers Jess Long, mais aussi César, la Ribambelle - lui laissent de moins en moins de temps pour s'occuper de son héros. Les histoires d'un pays arabe voulant acquérir la bombe nucléaire puis de la Chine victime d'importation bas de gamme chez elle, résonnent de façon étranges à notre esprit et nous feraient presque croire que Tillieux était un visionnaire. Cette troisième intégrale nous dévoile aussi les secrets de la fin annoncée d'une série sympathique où trop de projets simultanément lui ont portés un coup fatal.

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