6.5/10La Face karchée de Sarkozy

/ Critique - écrit , le 01/01/2007
Notre verdict : 6.5/10 - TSS (Ecrivez votre critique)

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La face karchée de Sarkozy n'est pas une mauvaise bande dessinée. Le défi relevé par les trois auteurs est honorable en soit. Mais malgré les propos justifiés, nous ne savons pas réellement si on cherche à nous fournir des informations cachées ou à nous forger une opinion pré-fabriquée.

Ce fut l'un des albums les plus vendus en novembre. Pouvait-il en être autrement ? Tout ce qui touche de près ou de loin Nicolas Sarkozy suscite une certaine curiosité. Mais pourquoi donc ? Réfugié derrière sa médiatisation excessive, l'homme est le fruit de nombreux questionnements. Qui est-il vraiment ? Quel est son but ? A partir de quand son masque angélique d'homme incarnant "la rupture tranquille" tombe pour laisser place au "monstre karcher" ? Quatre hommes se sont alliés pour décrypter ce phénomène qu'ils appellent déjà "le sarkozysme". Philippe Cohen, journaliste à Marianne et auteur de nombreux ouvrages (La face cachée du monde, BHL, la Chine sera-t-elle notre cauchemar...) s'est chargé de fournir la documentation. L'avocat Richard Malka, spécialiste du droit de la presse ayant défendu dans le passé Charlie Hebdo a rédigé le scénario. Cet expert du barreau n'en est pas à son premier essai vu qu'il est actuellement à la tête d'une autre série judiciaire, L'ordre de Cicéron. Enfin, pour illustrer ce parcours politique précoce, Riss, dessinateur pour Charlie Hebdo, a dévoué généreusement ses services pour le thème abordé. On se demande pourquoi...


6 juin 2098, la Sorbonne, un étudiant seul dans un amphi-théâtre présente sa thèse de doctorat qui n'est autre que "le sarkozysme". Le jeune homme évoque ainsi l'enfance du petit Nicolas jusqu'à son apogée médiatique avec sa femme Cécilia. Entre temps, nous découvrons son parcours du combattant où les obstacles ont été franchis grâce aux nombreuses pressions, alliances avantageuses et coups de poignard dans le dos. Les auteurs montrent ainsi sa fulgurante ascension en présentant une personnalité obsédée par le pouvoir et prêt à tout pour atteindre les sommets himalayens au risque de modifier ses discours au gré du vent qui souffle, de simplifier grossièrement la politique et conforter des idées communes dans l'opinion publique.

L'ouvrage qui nous est ici présenté a un bilan contrasté. Nous ne pouvons remettre en cause toutes les sources de documentations qui ont été nécessaires pour la mise en place de cette initiative. On sent qu'il y a eu un véritable travail d'investigation effectué et les éléments exposés sont plus ou moins connus. La principale qualité de l'album est de vouloir nous dévoiler les coulisses du monde impitoyable de la politique où les amis sont plus dangereux que les principaux ennemis. Même si nous savons que Sarkozy n'est pas un enfant de choeur, l'album nous remémore des faits qui n'ont pas été suffisamment mis en avant ou victime d'un brouillard médiatique lorsqu'ils ont eu lieu. Un exemple parmi tant d'autre : celui de l'affaire Clearsteam où Sarkozy avait joué les Cosette devant les caméras en montrant qu'il était furieux d'avoir fait l'objet d'une enquête sans avoir été prévenu. Pourtant il avait été informé de ces agissements six mois à l'avance par un journaliste du Figaro et les services de renseignements. Le ministre de l'intérieur et président de l'UMP cache donc des cartes et montre son jeu quand la période l'avantage sans sortir le joker final. Tel est ce que nous pourrions retenir de la face karchée de Sarkozy.

Pourtant, quelque chose vient obstruer cette "Bd enquête". Si on ne remet pas en question le véritable travail de documentation effectué par Philippe Cohen, le style rédactionnel pour évoquer ce phénomène sur-consommé manque de subtilité. Malgré une information crédible dans le fond, la forme revient au devant de scène pour caricaturer le personnage. Même s'il est fort probable qu'il y'ait une grosse part de réalité, un seul mot d'ordre est lisible dans presque toutes les pages "Je vais tous les niquer". On sent alors cette patte signée Charlie Hebdo qui, ne nous cachons pas les yeux, a probablement une opinion déjà faite sur le sujet avant même qu'il soit traité. Chose qui remet alors en question la subjectivité du scénario rédigé. La narration vacille entre sérieux réaliste et préjugés faciles à coup d'humour discréditeur. Les véritables interrogations qui se posent sont donc les suivantes :


  • Doit-on être dépourvu d'opinion sur une question pour évoquer le plus clairement possible un sujet ?
  • Quelle place doit-on accorder à l'analyse personnelle sur la crédibilité des propos ?
  • L'humour peut-il être neutre ?

La face karchée de Sarkozy n'est pas une mauvaise bande dessinée. Certes le dessin est loin d'être performant, comme un dessin de Charlie Hebdo. Le défi relevé par les trois auteurs est honorable en soit. Mais malgré les propos justifiés, nous ne savons pas réellement si on cherche à nous fournir des informations cachées ou à nous forger une opinion pré-fabriquée.

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