8.5/10L'Etrangleur

/ Critique - écrit par iscarioth, le 21/05/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Nouvelle oeuvre mémorable signée Tardi (Ecrivez votre critique)

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Il y a peu de chances pour que notre admiration pour Tardi diminue...

C'est la révolution des formats ! La BD franco-belge est en pleine effervescence. Morvan, dans une interview donnée au site Internet de France 5 expliquait qu'il pensait que « c'est aujourd'hui, l'âge d'or de la bande dessinée ». Période faste ou non, on constate d'ores et déjà que la bande dessinée se désenclave des formats dans lesquels elle s'est enlisée depuis le milieu du vingtième siècle : le 48-56 pages. Les excellentes éditions Futuropolis ont lancé leur collection 32, Dargaud a « doublé » sa mise avec les collections Double Expresso et Cosmo (80 pages environ), ce que l'on appelle les romans graphiques (Lucille, Blankets) connaissent un succès grandissant... Bref, on constate que les formats sont en pleine mutation, pour notre plus grande joie. On expérimente, du côté des maisons d'édition, de nouvelles possibilités. Casterman, dans cette course à l'innovation, n'est pas en reste. L'entreprise a lancé un nouveau projet de Tardi, L'étrangleur, qui se présente sous la forme d'un journal de 16 pages.

Le feuilleton dépoussiéré


En dehors, la forme d'un journal : gros titres, intertitres, articles ponctués de photographies, publicités, météo et rubriques. Dedans, de la bande dessinée noir et blanc, 100% Tardi. L'étrangleur nous raconte la vie de Valentin Esbirol, un tueur dont le lecteur partage les pensées et activités. L'histoire est adaptée du roman de Pierre Siniac, Monsieur cauchemar. Il doit paraître cinq numéros de l'Etrangleur entre mars et juillet 2006. En tout, quatre-vingt pages qui seront compilées à terme dans une intégrale. Avec ce projet, Tardi réinvente donc le feuilleton. Le lecteur commence d'abord par s'imbiber du contexte, en lisant la première de couverture, qui plante le décor : 1959, la guerre d'Algérie, les policiers en grève, La Dolce vita de Fellini en tournage. Puis, en tournant la première page, son champ de vision devient tout entier occupé par le dessin de Tardi. Ouverte, notre BD-journal occupe l'espace de quatre feuilles A4. Impossible d'échapper à l'univers de Tardi, déjà très agglutinant et traumatisant au format traditionnel. C'est un Paris brumeux qui est mis en scène. Chaque vignette d'extérieur est hachurée par la pluie et la pénombre. L'agrandissement des pages donne donc encore un peu plus d'impact aux planches.

Plus abordable ?

Le principal défaut de la bande dessinée franco-belge, hormis la rigidité de sa pagination expliquée plus haut, c'est qu'elle coûte cher. L'Etrangleur ne coûte que 1,80 euros. L'achat d'un numéro, équivalant pour votre porte-monnaie à celui de certains journaux, est largement abordable. Forcément, en « compensation », la lecture est rapide et la forme ne se prête pas réellement à la conservation. On aurait aimé pouvoir trouver L'étrangleur en kiosques. Malheureusement, on ne lui a permis que d'investir les librairies.

Le rendez-vous est fixé.

Nous reviendrons sur cette critique une fois les cinq journaux-BD publiés et l'intégrale sortie. Selon une interview de Tardi donnée à Blogobulles, l'intégrale semble avoir été soignée. Elle ne sera pas financièrement aussi abordable que ces cinq petits épisodes en forme de journal (15 euros et 29 pour l'édition luxueuse avec DVD). Notre appréciation pour cette nouvelle oeuvre de Tardi peut encore augmenter. Avouons-le, il y a peu de chances, en revanche, qu'elle diminue.

A bientôt !

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