8/10Il était une fois en France - Tome 2 - Le vol noir des corbeaux

/ Critique - écrit par athanagor, le 17/01/2009
Notre verdict : 8/10 - Charité bien ordonnée... (Ecrivez votre critique)

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Nury et Vallée continuent de nous raconter l'histoire de cet homme au destin particulier, juif et collaborateur, à la fois surnageant et profitant de cette période noire qu'était l'occupation.

Là où le tome 1 nous racontait la fuite de Joseph Joanovici, tentant de se soustraire à la justice de la France libérée, le tome 2 s'attache à développer le flash-back qui nous racontait son arrivée en France et les débuts de son affaire florissante. Ferrailleur illettré, mais fin comptable et déterminé, Joseph Joanovici s'apprête à quitter le sol français vers l'Amérique, alors que les Allemands ont défait l'armée française et s'installent sur le territoire. Disposant d'un faussaire qualifié, il décide à la dernière minute de rester, refusant d'abandonner son affaire et les contacts qu'il a eu tant de mal à activer pour consolider sa fortune. En effet, et Joseph le sait, en temps de guerre et d'occupation, il y a moyen de faire des bonnes affaires. Si tant est bien sûr que l'on connaisse les bonnes personnes, ce qui est son cas. Mais la partie n'est pas si vite jouée. Ceux qui décident et qu'il faut connaître n'ont plus les mains aussi libres qu'avant, et leur situation a tendance à tourner au profit d'autres bien moins scrupuleux. Pour rester dans la course et protéger les siens, Joanovici, qui préfère maintenant qu'on l'appelle Ivan, va devenir la victime consentante de ces nouveaux décideurs, optant pour l'étrange situation de survivre et prospérer.

C'est une fois de plus un joli travail que nous servent Nury et Vallée, sur le sujet moitié documentaire, moitié fiction de ce personnage, ce juif malgré lui, pendant cette période troublée de notre pays. D'une part le talent de scénariste de Nury s'exprime dans l'ambigüité du personnage principal. Joseph, occupé à s'enrichir, Test de langue
Test de langue
ne pense qu'à lui, et de fait, qu'à ses proches, à leur protection et leur richesse. Ainsi il avale pas mal de couleuvres, et dans cette tourmente généralisée, le fait d'être juif ne semble être pour lui qu'un obstacle au bon déroulement de ses affaires. D'ailleurs quand on le lui renvoie au visage, il cherche à savoir combien ça coûte de ne plus l'être, montrant bien que le problème ce n'est pas d'être juif, mais de bien connaître ceux qui le savent. Malgré tout, ce personnage cynique a sa part de lumière. Sa honte devant ceux qui n'ont pas, comme lui, les moyens d'acheter leur salut, et sa volonté de sauver ses employés, dont on ne sait pas s'il le fait pour eux ou pour le bien de son entreprise, les employés qualifiés étant rares. C'est en effet un bon point pour le scénariste, d'arriver à proposer un personnage psychologiquement réaliste et cohérent, en s'abstenant d'en faire un ange ou un démon. Ce sont les nuances qui aveuglent chez cet individu, et c'est suffisamment subtil et bien écrit pour être signalé.

Le dessin de Vallée n'est pas en reste. Passé la surprise que suscite ce trait, à la limite de la caricature, lors des premières pages du tome 1, l'ambiance qui en ressort est maintenant complètement assimilée et attendue, et permet de donner aux divers protagonistes une aura de caractère. Représentés comme s'ils étaient vus avec des lunettes magiques qui montreraient les gens comme ils sont vraiment, c'est la personnalité de chacun qui transparaît dans le coup de crayon de Vallée, comme revenus de leur moi profond avec les éléments tangibles et visibles de leurs caractères, le schéma de leurs âmes.

Ainsi cet ouvrage continue la saga avec autant de talent que le précédent, et se focalise sur le vécu de cette période, en se concentrant sur un milieu sociologique Visite médicale
Visite médicale
particulier : LE milieu. En effet, c'est une fois de plus un paradoxe qui est évoqué. L'occupation de cette armée construite sur une idéologie supérieure laisse libre cours aux exactions et à l'expression des malfrats les plus violents, allant jusqu'à leur fournir des uniformes. Mais n'est-ce pas ce qui a le plus choqué le monde dans le nazisme ? Ainsi les voleurs se transforment en policiers, et des personnages sans scrupules s'enrichissent en vendant de la terreur, devenant les nouveaux gardiens de la moralité. Pendant les affaires, les affaires continuent. Une fois de plus, le personnage de Joseph se retrouve sur une frontière : sa parenté avec ces « nouveaux chefs », en ce qu'il partage le même but d'enrichissement personnel malgré, et même grâce aux évènements, ne va pas aussi loin que la violence extrême et la barbarie dont sont capables ces ultras de l'inhumanité.

Ouvrage touchant par son sujet et son développement, les auteurs poursuivent dans cette démarche toujours un peu troublante, quoiqu'ici assez discrète du « qu'est-ce que j'aurais fait, moi ? », avec ce personnage réel à la vie fictive, dont il est difficile de condamner chaque acte, sachant son histoire, son destin, et sa vie quotidienne.

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