8/10Les Enfants

/ Critique - écrit par Aurélie, le 05/12/2004
Notre verdict : 8/10 - Sans enfantillage (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

S'il fallait élire la BD la plus dérangeante, Les enfants serait sans conteste nominée. Malgré des graphismes peut-être un peu rebutants aux premiers abords et un scénario étrange, Stassen signe une BD plus que correcte, avec le racisme et la violence en toile de fond. A ne pas mettre entre toutes les mains.

C'est une fiction, mais ça pourrait être un documentaire.
Ca a l'air grave, mais c'est aussi drôle.
Touchant de naïveté et scandaleux.
Plein d'espoir. Sans issue.
Sans compromis.

La seule chose qui compte.

Lorsque l'on touche à une BD de la collection « Aire Libre » des éditions Dupuis, il vaut mieux savoir à quoi s'attendre : ce sera anticonformiste et croustillant à souhait. Que ceux qui m'accusent de démagogie se jettent à corps perdu dans Les enfants.
Cela n'aurait dû être qu'une fiction, mais le réalisme qui s'émane de cette Bd est dérangeant ; prenez de petits orphelins qui confectionnent des paniers à une poignée de kilomètres des bombardements de la guerre. Ajoutez du sexe, un zeste de racisme et une pincée de mensonges. Les gamins doivent grandir bien vite pour apprendre à vivre avec tout ça.
Effectivement, dit comme ça, ça ressemble à n'importe quelle fiction larmoyante écrite pour générer un petit paquet de pognon. Mais ici, ce n'est pas de l'exploitation des malheurs d'autrui dont il s'agit. Stassen n'a pas oublié d'ajouter sa dose de sincérité, et la différence avec un mélodrame classique est flagrante.

Seuls au monde.

Mongol n'est pas encore à l'adolescence, qu'il s'intéresse déjà aux filles. A la belle Anika, en particulier. Elle, si douce, si gentille, une blanche qui s'occupe d'eux, petits noirs orphelins de guerre. Mais Anika ne fait pas attention à Mongol ; elle a un petit ami, blanc lui aussi, et de toute façon elle préfère Angel. Le petit qui a des maux de tête foudroyant à chaque fois qu'il entend une détonation. Tout ça lui rappelle trop ses parents morts dans les bombardements.
Mongol, lui, est tout seul. Il ne parle pas, à part pour monologuer longuement, à voix haute.
Non pas monologuer : ce n'est pas parce qu'il ne parle pas aux gens qu'il ne discute pas. Il discute avec les mouches, avec les objets, la nourriture... Il fait un peu peur, Mongol, tout jaloux qu'il est de ceux qui ont les faveurs d'Anika. Elle ne lui parle pas, à lui. Pourtant il a aussi de violents maux de crâne. Il doute être encore capable de sourire.

Ca vous dérange...

Black Domino était un des gamins qui faisaient les paniers, avant, il y a quelques années de cela. Quand il revient vers ses amis de la fabrique, tous les regards convergent vers lui ; il a réussi, il a un téléphone portable, une petite amie en Amérique, là où il vit désormais. De toute façon, s'il est revenu, c'est un peu par charité.
Seul Mongol a du mal à croire toute cette histoire. Cela semble trop beau pour être vrai. L'espoir existerait vraiment ? On a le droit de rêver qu'on va s'en sortir, promis ?
Non, la vie n'est pas toute rose.
Ces enfants-là l'ont bien compris. Si vous êtes sensibles, et si vous croyez encore que tout est brillant, que tout le monde est beau et gentil, si vous pensez qu'on sera tous sauvés, ne lisez pas les enfants, ça vaut mieux pour vous. Entre exploitation, alcool, vols, passages à tabac...
Décidément, "ce monde est bien cruel" !

Stupeur et tremblements.

Un choc.
Voilà ce que l'on ressent à la première lecture des Enfants de Stassen.
Les graphismes y sont sans aucun doute pour beaucoup : des traits un peu rondouillards, dans le genre de l'art africain, et dans un même temps, une image très sombre, pour ainsi dire "sale". Pour être franc, c'en est rebutant. Mais si vous arrivez à franchir ce cap, alors, vous découvrirez une bonne surprise.
Oh, bien sûr, il faut aimer ce qui décape. Mais ne soyez pas frileux : laissez-vous étonner, Stassen sait où il vous conduit !
Mais il faut nuancer, voyez-vous, il ne suffit pas d'innover, de surprendre, pour réussir une BD. Alors, est-ce que sur les autres plans aussi, Stassen assure comme un dieu ?
On a déjà lu mieux, c'est un fait. Le scénario se repose sur un décor détonant, profitant de l'occasion pour se faire tout petit. C'est parler pour ne rien dire : l'histoire avance lentement, pour partir de nul part et arriver pas beaucoup plus loin. Si vous êtes amateur de rebondissements, de coups d'éclat, de renversements de situation, rejoignez les âmes sensibles et allez lire autre chose !
Pour les autres, ce scénario faiblard peut et doit être pris comme une autre surprise pas désagréable de cette BD. Ce n'est parce que ce n'est pas "comme d'habitude" que c'est moins bien, c'est juste... différent.


S'il fallait élire la BD la plus dérangeante, Les enfants serait sans conteste nominée. Malgré des graphismes peut-être un peu rebutants aux premiers abords et un scénario étrange, Stassen signe une BD plus que correcte, avec le racisme et la violence en toile de fond. A ne pas mettre entre toutes les mains.

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