8/10Eloïsa et Napoléon

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 01/10/2012
Notre verdict : 8/10 - Coup de foudre au marché aux fleurs (Ecrivez votre critique)

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Décidément, les histoires d'amour sont à l'honneur chez La boîte à bulles, puisqu'après Albin et Zélie, voici un nouvel album mettant en scène un couple en pleine éclosion : Eloïsa et Napoléon. Mais ici point d'aventure et de fantastique, laissons place à un contexte plus traditionnel pour, en revanche, une romance entre deux personnages un peu hors norme : un homme de toute petite taille et une très grande jeune femme. Un récit tournant plutôt autour du quotidien, des émotions et d'une vision de l'Autre transformée par le prisme amoureux.


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Le thème développé dans Eloïsa et Napoléon se révélant au final assez classique, l'accent se porte davantage sur le point de vue, la description d'un ressenti ou encore la nostalgie, que sur des événements précis. Des événements, on en croise tout de même, mais de ceux que les tourtereaux lambda vivent eux aussi dans leur vie de tous les jours : préparer le petit déjeuner pour sa dulcinée, se rappeler la première rencontre, tous les moments de tendresse partagés au quotidien en somme. L'auteure, Cristina Florido, opte pour un ton oscillant entre un certain lyrisme et une poésie lunaire. L'histoire en elle-même paraît simple, humble, elle penche parfois même vers une vision enfantine et naïve de la relation amoureuse. Mais la béatitude qui se dégage, sur fond d'obsession de la part du personnage de Napoléon pour la jeune fille, est communicative et sincère, et la tonalité douce-amère est juste et émouvante. La narration quant à elle s'éloigne d'une bande dessinée classique. En effet, ici pas de bulles, pas de dialogues, mais un texte « extérieur », à la manière d'une voix off. Le récit se rapproche ainsi davantage d'un livre illustré, même s'il garde un découpage séquentiel, et pas des moindres qui plus est : il s'avère diversifié et intelligent dans la suggestion, parfois détourné ou décalé (exemple : une même scène d'ensemble découpée et « emprisonnée » dans le gaufrier pour saisir tous les petits détails). Ce découpage inventif est un des plus beaux atouts du récit, et sublime ces instants du quotidien, exactement comme les personnages aiment à le faire dans leur propre vie.


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Le graphisme de Francisco Ruizge saisit les expressions des personnages avec autant de justesse et de spontanéité que le texte. En cernant son dessin d'un trait rapide proche du carnet de croquis, tour à tour tremblotant puis assuré et sans repentir, le choix du dessinateur peut dérouter et donner une impression de bâclé, surmontée d'une absence totale de couleur ou d'ombre et lumière. Mais en observant attentivement les détails puis les planches dans leur ensemble, on perçoit rapidement un œil affûté et une ligne assez virtuose, dans la représentation de l'instantanéité du quotidien, des postures amoureuses ou encore des volumes et des décors. Trois points de vue intéressants alternent discrètement : celui de Napoléon en contre-plongée, celui d'Eloïsa en plongée, et un troisième plus neutre, à mi-hauteur. On s'attache assez vite à la figure ratatinée du bonhomme, à son sourire benêt, et son nez patatoïdal. On finit également par partager sa fascination pour la silhouette allongée et la mine renfrognée de la demoiselle, d'autant plus qu'un quatrième point de vue, assez inopiné car extérieur au couple, vient lui donner une nouvelle envergure dans le cinquième chapitre.

Pour cette romance finalement très simple et essentiellement portée sur le ressenti et le regard que l'on porte sur l'être aimé, Cristina Florido et Francisco Ruizge parviennent à nous transmettre une émotion à la fois douce et forte, grâce à un dessin et un texte qui suggèrent autant qu'ils sont justes. Malgré un dénouement un peu gentillet, on gardera en mémoire la mise en avant des détails, des pensées, des gestes, des souvenirs, qui donne à l'histoire d'Eloïsa et Napoléon ce petit goût d'universel et de romantique qui rappelle les feel good movies... version papier.

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