8.5/10La douce

/ Critique - écrit par plienard, le 08/06/2012
Notre verdict : 8.5/10 - À toute vapeur (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 2 réactions

La douce est le nouvel album de François Schuiten aux éditions Casterman. Pour une fois, l’auteur belge n’est pas accompagné de son fidèle collègue Benoit Peeters avec qui il a notamment fait la série Les cités obscures.  C’est donc en auteur complet que François Schuiten nous livre une superbe histoire sur une locomotive, et pas n’importe laquelle, la 12004, fleuron de vitesse dans la fin des années 30.


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Léon van Bel est le machiniste de la 12004, une belle mécanique qui vieillit mais qu’il traite comme s'il aimait une femme. La « douze », c’est sa vie. Il lui a tout donné, jusqu’à sa santé. Et la fée électricité qui arrive chamboule tout dans le service public avec ses téléphériques ce qui n’est pas pour arranger le sort qui est réservé à ce couple hors-norme. La technologie et les inondations amènent à suspendre en l’air les transports et à renoncer aux locomotives à vapeur. L’air du temps est au aérien !

L’album de Schuiten démarre d’un coup de cœur de l’auteur pour la locomotive 12004, dernières des six engins de la SNCB et qui est vouée à intégrer le futur musée des chemins de fer à Bruxelles. S’il y a une certaine nostalgie dans son livre (on sent bien la critique du moderne par rapport au passé), l’ancien semblant être toujours mieux que le nouveau, l’album est surtout un beau témoignage fait au métier de cheminot et du lien presque intangible entre l’homme et la machine. Un lien presque amoureux que Léon va quasiment franchir en invitant la machine à sa table (sa douce comme il l’appelle) et en l’hébergeant pour la sauver de la casse.
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Et lorsqu’il faudra aller la rejoindre au cimetière pour l’en faire sortir, il trouvera sur sa route une jeune femme muette qu’il apprendra à apprivoiser (et inversement). Elle sera un peu l’alter ego de la douce en même temps que l’opposition entre l’amour et le passé, la jeunesse et la vieillesse.

On reconnaît facilement un album de Schuiten. De par son trait graphique, mais aussi par le côté aérien de son dessin. L’homme aime prendre de la hauteur, voir les choses d’en haut qu’il symbolise, ici, par le téléphérique qui devient le seul moyen de transport. Le noir et blanc qu’il utilise participe aussi à ce sentiment de témoignage sur un métier, en même temps qu’il symbolise le charbon et le côté noir de ce métier de cheminot. Cela accentue la dureté du métier.

Si l’album a un côté nostalgique, il est aussi porteur d’espoir par son final. On remarquera aussi le jeu de mot douce/douze et la personnification de la locomotive et le parallèle entre Elya et l’engin qui invite le lecteur à la rêverie et l’imagination d’un monde étrange, un monde à la Schuiten. Un bien bel album.


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