9/10Double Gauche - Tome 1 - Dustin

/ Critique - écrit par iscarioth, le 08/08/2006
Notre verdict : 9/10 - Mal-à-droite (Ecrivez votre critique)

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Un monde impressionnant, parfaitement mis en image avec un découpage dynamique et varié. Tout simplement l'un des meilleurs albums de l'été.

Eric Corbeyran est très souvent associé à Jean David Morvan, pour la très simple raison que les deux scénaristes se distinguent du reste des auteurs par leur prodigieuse productivité. Les deux hommes ont en commun une autre qualité : la diversité. Corbeyran a investi tous les genres, du très codifié et académique Imago Mundi jusqu'au fort intimiste et troublant Lie-de-vin. Que nous a-t-il pondu cette fois ?


Cette fois, on rangera plus la nouvelle oeuvre du côté des surprises que des albums convenus. Double gauche raconte la vie de Dustin, un enfant handicapé par le fait d'avoir deux mains gauches. Un enfant rejeté, moqué, marqué par la vie dès la naissance qui n'est pas sans rappeler le Bout d'homme de Jean-Charles Kraehn. Comment ce petit être en pleine croissance va-t-il évoluer, marqué par les coups de ses congénères impitoyables ? Va-t-il se retrancher derrière ses complexes, exploser et transformer ses frustrations en violence ? La recherche de sa nature au travers d'une enfance martyre qui s'écoule, c'est le grand point commun entre le chef d'oeuvre de Kraehn et cette série que l'on retiendra peut-être comme l'une des pièces maîtresses de la bibliographie de Corbeyran. On relève également des points de comparaison avec Peter Pan.


L'univers dévoilé dans Double gauche est d'une très grande cruauté. La tonalité des planches tire très largement sur le mauve et le marron. L'encrage est épais, les contours marqués. Les personnages ont tous la particularité d'avoir des contours d'yeux très noircis, ce qui leur donne à tous un côté machiavélique, un air d'ange détraqué. Gil Formosa, le dessinateur, a complètement renouvelé son style depuis Robur. On a droit à un univers moins informatisé, plus lugubre et caractériel. Double gauche développe un univers cauchemardesque. Sur presque chaque plan, Dustin camoufle son handicap comme il le peut. L'empathie liant ce personnage au lecteur réveille en ce dernier les sentiments universels du rejet et de la honte. Vilipendé, persécuté, Dustin n'est pas pour autant l'être pur parmi les démons. Adulte, il est un être abject, et l'histoire contée dans ce premier tome n'est qu'un long flash back censé enclencher un début d'explication quant à l'évolution négative du jeune homme.


Dustin est le genre d'album, trop rare, à posséder une identité propre, aussi bien au niveau graphique que scénaristique. L'univers proposé est aussi terrifiant qu'immersif. Un monde impressionnant, parfaitement mis en image avec un découpage dynamique et varié. Tout simplement l'un des meilleurs albums de l'été.

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