5/10Doppelgänger : un concept obscur

/ Critique - écrit par athanagor, le 26/03/2011
Notre verdict : 5/10 - 50% d'intérêt (Ecrivez votre critique)

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Le doppelgänger semble être un concept multiple qui va du simple sosie à la projection astrale. Utilisant ici cette entité comme le messager d’évènements inquiétants ou contre-nature, la paire d’auteurs ici présente s’engage dans un récit assez peu enthousiasmant.

C’est à l’occasion de l’enterrement de sa mère que Germain Maltret se rend à Terre-Clapier, petite ville du Tarn qui n’a jamais eu pour lui les atouts d’Albi. N’ayant jamais été très proche de sa mère, son chagrin est parfaitement maîtrisé, et ce qui lui ferait réellement plaisir serait d’expédier les affaires de succession au plus vite pour pouvoir repartir. Mais le notaire venant à peine de finir son stage de première année, les formalités seront plus longues que prévu. Obligé de dormir à l’auberge locale, il y rencontrera Nelly Lacour, jeune femme un peu paumée qui zone souvent en ville, et Victor Franek qui, de toute évidence, a du mal à se raser. Cette prolongation inattendue de son séjour lui permettra toutefois de s’assurer d’une chose : il a bien fait de ne pas s’installer à
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Terre-Clapier. Depuis qu’il y est arrivé, d’étranges évènements se produisent dont le plus inquiétant est sûrement le fait d’apercevoir un bonhomme qui, en plus de lui ressembler bigrement, porte les mêmes vêtements et court d’une manière tout aussi ridicule que lui.

Avec une sacrée paire de noms sur la couverture, on est dès l’abord très curieux de ce qui nous attend ici. Loin d’être d’obscurs scribouillards, Bec et Corbeyran nous ont maintes fois démontré par le passé un réel talent, apte à captiver les plus blasés, même les pisse-froid de chez Krinein. Considérant, en plus, le titre de l’album qui nous laisse entrevoir une de ces intrigues ésotériques dont Bec maîtrise généralement suffisamment les éléments pour les tourner à sa sauce, c’est bien motivés qu’on se penche sur la question. Et là, plouf ! Dès les premières pages, plouf !

Le premier frein à l’enthousiasme, c’est le dessin. On y reconnaît bien le trait de Christophe Bec et certains choix de prise de vue, mais bizarrement quelque chose ne
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passe pas et on est très vite refroidi. On essaiera bien d’incriminer le coloriste, mais ici il s’agit de Sébastien Gérard, qui officiait également sur Prométhée, et tout bien considéré, il ne pèche ici en rien. Ce qui gène en fait, c’est une impression générale que le dynamisme des actions est forcé. Les mouvements sont comme reproduits de photos prises à l’improviste et leur représentation a quelque chose de maladroit.

Le scénario quant à lui est aussi un peu décevant. Distillant son histoire lentement, il finit par ennuyer et le rythme installé par la narration finit par prendre le dessus sur tout le reste. Ainsi le final, qui devrait être une succession anarchique d’évènements inquiétants noyés dans le bruit et la fureur, interpelle tout juste une attention endormie de longue date. Du coup, l’enchaînement des cases, tout à fait justifié au regard de la panique censée étreindre les protagonistes, passe, dans cette ambiance molle installée par les 40 pages précédentes, pour un travail inachevé. Leur salut résidant dans une lecture rapide, les habitudes contractées par le lecteur ne laissent aucune chance à leur succession bizarre et aux positions inconfortables des personnages en leur sein.

En plus de ce rythme, la façon mystérieuse dont l’histoire est exposée perd un peu plus le lecteur. Les intersignes qui ponctuent le périple lénifiant du personnage principal ne sont pas compris comme tel tout de suite, et il faudra l’explication poussive du spécialiste en forces occultes pour les décrypter et justifier leur place dans le récit. Au final, une conclusion étonnante viendra couronner ce premier tome par un twist de derrière les fagots. Mais en fait, on ne sait pas trop à quoi l’attribuer ni à quoi il se rapporte. Un peu gêné par cette conclusion dont on ne sait trop quoi faire, on regarde alors ses pieds avec un certain embarras, se sentant un peu comme l’élève qui n’a pas écouté le cours et à qui la maîtresse vient de poser une question, sous le regard appuyé de ses camarades, riant déjà de son étourderie. Une chose est sûre, c’est que quelle que soit la matière, il lui en faudra du temps à cet élève pour y revenir avec confiance.

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