9/10Docteur Poche - Tomes 1 à 3

/ Critique - écrit par riffhifi, le 13/03/2010
Notre verdict : 9/10 - Docteur Strange (Ecrivez votre critique)

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Prenant le contre-pied du physique "gros-nez" propre aux séries de Spirou, le docteur Poche de Wasterlain apporta au magazine un vent de fantaisie et de sensibilité inestimable à partir de la fin des années 70.

Après avoir "intégralisé" les séries les plus populaires de son catalogue (Spirou et
Fantasio
, Tif et Tondu, Yoko Tsuno, Lucky Luke, Johan et Pirlouit...), Dupuis s'attaque aux titres un peu moins connus, et leur dispense le même traitement de luxe, avec joli format et copieuse documentation. Avant de redécouvrir Les Petits Hommes en mai, il est indispensable de se pencher sur Docteur Poche, véritable merveille dont les trois premiers tomes sont enfin compilés ici, avec assaisonnement d'histoires inédites, de croquis, de notices biographiques et d'anecdotes.

Si le personnage de Marc Wasterlain ne jouit pas de la même popularité que ses compagnons précités, c'est probablement en raison de son plus jeune âge (il est créé en 1976) et surtout de la difficulté de faire rentrer ses aventures dans une case précise : baignant parfois dans un fantastique à la limite du surréalisme, elles relèvent de la chronique sociale et du drame intimiste lorsqu'il est question de la jeunesse du héros. A la fois médecin et magicien, alliant ainsi le rationalisme au surnaturel, Michel Poche est en quelque sorte le cousin européen du docteur Strange de Stan Lee.

Il est minuit docteur Poche


Confronté à une troublante histoire de mannequins rendus vivants, le docteur Poche doit échapper à la police et trouver le fin mot de l'affaire. Coup de bol : il découvre le manteau magique qui lui permet de voler et deviendra son signe distinctif.

Dans les pages de Spirou, le personnage de docteur Poche fait figure d'original, ne serait-ce que par son physique : comment ne pas voir son appendice nasal filiforme comme un "pied-de-nez" littéral à ses confrères généralement désignés sous le terme de "gros-nez" ? Véritable récit fondateur, Il est minuit docteur Poche est un concentré de poésie, de fantastique et d'absurde (le domestique vit dans l'horloge, le docteur Poche rajeunit et vieillit au gré des potions, tel l'Alice de Lewis Carroll), qui rentre tout juste dans la catégorie "humour / aventure" que son cahier des charges lui imposait probablement. Wasterlain a manifestement sa propre conception de la narration, et s'inscrit dans la mouvance des auteurs qui viennent d'émerger dans Pilote. Son dessin nerveux, parfois un peu sombre, rappelle celui de Franquin, le Franquin des Idées Noires ou des dernières années de Gaston.

L'île des hommes-papillons

Découvrant un curieux spécimen de papillon dans un musée (arborant un costume-cravate et suppliant le chaland de le laisser quitter sa cage,
reconnaissons que c'est peu commun), le docteur Poche est amené à se rendre sur l'île des hommes-papillons, pour rendre l'exilé à son peuple. Suspense oblige, il devra déjouer les plans d'un vilain chasseur sans scrupule...

Peut-être le moins intéressant des albums réunis ici, mais l'extravagance de son sujet rend cette Île des hommes-papillons attachante, traversée qu'elle est de visions poétiques et quasiment oniriques. On notera au passage le flirt discret entre Poche la séduisante Mlle Zoé, symptomatique d'une époque où même les héros pour enfants cessaient d'être asexués.

Karabouilla + Les belles vacances

Ce troisième tome, contre toute attente, quitte les rivages du fantastique pour s'intéresser à la jeunesse de Michel Poche. A travers deux histoires douces-amères, réalistes, Wasterlain évoque une enfance et une adolescence classiques, avec leurs joies simples et leurs traumatismes formateurs. Dans Karabouilla, de loin le récit le plus fort de tout le recueil, le héros évoque sa brouille tragique avec
son frère adoptif ; malgré le potentiel démagogique du trio "Benetton" formé par le blanc, le noir et la jeune fille asiatique, l'épisode s'avère d'une justesse et d'une simplicité désarmante, dans un registre aux antipodes des aventures exotiques du Poche adulte. Dans Les belles vacances, le lecteur remonte encore le temps, et assiste aux années camping de la famille Poche ; un petit air de Jacques Tati flotte alors sur la description des rapports entre les enfants, avec leur lot de cruautés et leur dose d'imagination débridée.


Complété de plusieurs récits courts inédits, ce premier volume de l'intégrale a tout pour séduire plusieurs générations de lecteurs, même si, malgré son titre, il paraît peu probable de pouvoir le glisser dans une poche. A moins de trouver le manteau magique destiné à le contenir...

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