8/10Docteur Poche : deuxième volume d'une intégrale merveilleuse

/ Critique - écrit par riffhifi, le 01/02/2011
Notre verdict : 8/10 - Comme chiens et chats (Ecrivez votre critique)

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Deux albums passés sur la planète des chats, et une sélection de gags en une page (pas drôles). Ce deuxième tome de l’intégrale du Docteur Poche réserve donc deux tiers d’émerveillement, sans compter les passionnants bonus.

Docteur Poche : deuxième volume d'une intégrale merveilleuse
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Le nom de Marc Wasterlain ne figure pas au panthéon des vedettes de la bande dessinée franco-belge, malgré la reconnaissance qu’il a toujours reçue de ses pairs. Pourquoi son Docteur Poche n’a-t-il pas la même notoriété qu’une Natacha ou un Benoît Brisefer ? Sans doute à cause du grand hétéroclisme de ses histoires : aventures féériques empreintes de science-fiction ou de surréalisme, souvenirs d’enfance réalistes et émouvants, gags en une page… Michel Poche est à la fois médecin et sorcier, possède un pied dans le vrai monde et un autre dans le pays des songes. L’imaginaire de Wasterlain, enfantin sans être infantile, c’est un peu Spirou chez Lewis Carroll : de l’aventure, de la magie et un souffle onirique qui peut verser aussi bien dans le rêve que dans le cauchemar.

Ce deuxième tome de l’intégrale publiée par Dupuis réunit les albums 4, 5 et 8. La planète des chats et Le géant qui posait des questions constituent un diptyque, largement inspiré de La planète des singes (le film de 1968, davantage que le livre de Pierre Boulle). On note le nouveau nez du docteur Poche, plus court et plus épais que précédemment ; tout est relatif, bien entendu, puisque son nez d’origine ressemblait quasiment à une gigantesque épingle plantée dans son visage. On note également l’irruption d’un argument de science-fiction, dans une série qui était jusqu’ici exempte de voyage spatial. Mais ce qu’on note surtout, c’est la présence d’enfants surdoués, de marmots à peine sortis des couches qui réinventent la théorie de la relativité et construisent des fusées dans le jardin de leur institut. Aussi drolatiques qu’inquiétants, les gamins apparaissent assez inhumains, à l’exception de Nora qui tient le rôle d’héroïne dans l’aventure extra-terrienne. Que Wasterlain ait créé cet épisode peu après la mort de son fils explique peut-être cette approche étonnante du monde de l’enfance, empreint de bizarrerie et abordé avec une certaine
Take your stinkin' paws off him,
you damn dirty human
appréhension.

La planète des chats se situe dans la lignée des Hommes-papillons, avec ses animaux anthropomorphes (des chats, certes, mais aussi des chiens et des poulets) et son récit d’aventure feuilletonesque. Félins et canidés sont enferrés dans un conflit interminable qui rappelle notre propre Guerre de Cent Ans, et considèrent leurs visiteurs humains comme de simples animaux étranges. La barrière de la langue handicape le docteur Poche, tandis que les deux enfants qui l’accompagnent parviennent à communiquer… Le récit est enlevé, plein de trouvailles (y compris narratives, voir l’hallucination du héros au décollage de la fusée), et justifie à lui seul l’achat de ce volume.

Le dernier tiers, malheureusement, a de quoi refroidir les pieds : Gags en poche, paru en 1986 comme le huitième album de la série, regroupe les gags en une page dessinés par Wasterlain pour servir de bouche-trou au Journal de Spirou, remplissant ainsi ses obligations contractuelles dans les périodes où il ne travaillait
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pas sur un récit complet. La plupart sont de vieilles blagues réchauffées, où la présence du docteur Poche se justifie péniblement au détour d’une case… On est à deux pas de la série d’humour comme Bamboo en produit aujourd’hui au kilomètre. Malgré tout, quelques pages surnagent, comme cet ensemble d’épisodes dédié au Koullélé (au QUOI ?), ou encore l’histoire finale des carottes géantes, qui entraînent l’auteur dans un délire inextinguible. Tous ces gags sont surmontés d’une citation, réelle ou inventée, littéraire ou issue d’une publicité de l’époque ; parmi celles-ci, on en trouve une de Sigmund Freud qui définit parfaitement… le reste des albums de Docteur Poche : « Le rêve cherche à satisfaire nos besoins par le détour régressif de l'hallucination ».

Pour finir, on trouve quelques pages non-Poche produites par Wasterlain, dont celle qu’il a dessinée pour l’album parodique Baston Labaffe.

Un troisième volume clôturera l’intégrale Dupuis, avec Le Renard bleu, Le petit singe qui faisait des manières et La forêt magique. Pour les cinq aventures suivantes du Docteur Poche, il faudra se tourner vers Casterman, qui a récupéré le personnage à partir de 1995.

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