La solitude urbaine, des collègues de travail misogynes à l'éthique douteuse, un passé qui peine à être cicatrisé ... Tel est le quotidien de Lili Lafayette. Une "jolie" blonde (tout dépend de votre notion subjective de la beauté) garçon manqué qui doit s'imposer par la force dans le monde viril de la police. Lili est une masochiste qui conte son existence avec une certaine lassitude que l'on rencontre souvent dans les thrillers. Vous savez ? Cette petite touche classique d'auto-valorisation où le protagoniste principal se tient contre un mur, allume une clope et regarde la scène en sortant une phrase intelligente du type : "Les gens aiment le morbide". District 77 ne fait pas exception à la règle.

Arrivée depuis peu à New York, "cette putain de ville et ses putains de gratte-ciel qui tentent désespérément de percer la voûte de la grisaille", Lili est contente. Elle va intégrer sa nouvelle famille: la police municipale de Dowtown - East Side- ("paradoxalement, je ne peux m'en prendre qu'à moi même... je l'ai choisie"). Lili ne se fait pas remarquer sous son plus beau jour lorsqu'elle arrive devant la porte d'entrée gardée par un agent se rinçant l'oeil. Heureusement, Lili, elle sait répliquer. Aussi, quand l'agent en question lui sort : "Si c'est pour déposer une plainte mademoiselle, je peux m'occuper de votre cas...", Lili, insensible, enlève la cigarette de sa bouche pour laisser échapper la fumée et l'assomme en rétorquant : "La seule infraction publique que je constate dans les environs, c'est ta tronche de ramasse merde" (Elle a le sens de l'humour Lili...).

Mais le pire reste à venir, dès qu'elle entre dans la "cage aux fauves", elle sait immédiatement qu'elle va se sentir à l'aise dans ces locaux chaleureux. Les policiers traitent de différents problèmes dans la même pièce. L'un se charge d'une décapitation tandis qu'on s'occupe de chat du voisin à côté. Dans ce remue ménage, il y a l'agent Peterson. Quand on constate la masculinité de la protagonsite principale, on se dit que Peterson est une fille, mais non, Peterson est bien un garçon jouant les secrétaires de service. Garçon, fille ou androgyne, peu importe. Peterson est la seule personne à peu près fiable dans ce lot de testostérones. Entre le chef vicieux qui tente de la frapper par derrière et le supérieur Burt Bachanan qui roule dans de sales affaires, Lili n'est pas gâtée par la nature. Même si elle fait honnêtement son travail, cela ne plait pas à tout le monde. Et heureusement que Peterson est là pour lui dire en la pointant du doigt "Tu t'es foutue dans une sacrée merde"... Et ce ciel qui n'en finit pas de faire tomber des cordes. "Putain de pluie, putain de ville, putain de commissariat". Mais la vie idyllique de Lili va être perturbée par un événement imprévu. La patron des mauvaises magouilles, le "Big boss" Da Silva a été touché d'une balle dans la tête. Le chef s'en sort bien par rapport à ses trois compagnes d'un soir découpées à l'arme blanche. Transféré d'urgence à l'hôpital, Da Silva reste dans le coma. Même plongé dans un profond sommeil, l'homme attise la curiosité. Entre son physique répugnant où un foetus humain dessine son visage et les violents événements surnaturels qui ont lieu dès qu'une infirmière tente de le stimuler son activité cérébrale en exhibant sa poitrine généreuse, les interrogations surgissent et les ennuis de Lili commencent. Et tout ça avec cette "putain de ville", "putain de pluie" et ce "putain de commissariat" (Oui je sais. C'est lourd. Mais on le répète trois fois dans la BD pour souligner qu'elle est pas si folklorique que ça sa vie, à Lili).

Inutile d'insister, il semble évident que District 77 reprend les clichés classiques du thriller surnaturel. Le scénario repêche des éléments visibles dans les films des années 80. Cela va des longs métrages policiers rigolos (Le flic de Beverly Hills ou l'Arme Fatale) aux nanars fantastiques (Predator II). Le scénariste Dugand semble avoir voulu reprendre les codes cinématographiques. C'est tout à son honneur, mais il n'utilise pas les bon ingrédients pour éviter les clichés. Au contraire, il accumule les "déjà vus" sans forcement imaginer un découpage efficace pour rendre sa narration percutante. On a l'impression que le surnaturel est le seul élément ajouté exprès pour entretenir un peu de mystère et pour donner un peu de piquant à une sauce déjà cuisinnée 1000 fois.
Le dessin de Denys n'aide pas à instaurer une véritable ambiance pour nous plonger au coeur de l'intrigue. Le style réaliste n'est pas poussé à l'extrême, l'anatomie des personnage mériterait d'être plus approfondie. Lili est aussi expressive qu'un réfrigérateur, chose qui n'est pas trop condamnable en soi lorsque nous connaissons le tempérament de cette dernière. Enfin, la couleur ne vient pas en aide pour combler les lacunes. Les coloris sont là sans forcément chercher à instaurer une réelle atmosphère qui viendrait assombrir la narration de l'héroïne.
District 77 n'apporte rien d'innovant. Il demeure crédible en se confortant dans ses clichés. L'histoire n'est pas ridicule au point d'en rire par excès de second degré. "Dommage" diront les plus cyniques d'entre nous, "rien de révolutionnaire" ajouterons les adeptes de ce genre, "Putain de merde" conclurait Lili.

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