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9/10Déviances

/ Critique - écrit par Maixent, le 30/03/2014
Notre verdict : 9/10 - Transgressions (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Il y a certaines déviances admises, voire touchantes, et puis il y a les autres. Celles clairement interdites, réprouvées par tous les codes de moral sur la planète. Cependant, Bernardo Munoz ne s’embarrasse pas de ce genre de détails. Pour lui une déviance, est, tout comme l’indique son étymologie, ce qui est hors de la voie, soit en dehors d’une sexualité classique. On parle d’une sexualité « kink », prise dans un écheveau de complications par rapport à une norme, incluant en général toute forme de fétichisme et englobant tout ce qui sort des sentiers battus. Bernardo Munoz donne à voir quelques-unes de ces  « perversions » dans une série d’histoires courtes d’une efficacité redoutable.


Un petit frère attentif.

Mise à part les deux dernières histoires un peu légères du point de vue du scénario (une mise en abîme de l’auteur cherchant l’inspiration pour une histoire cochonne et un « hymne aux lolos » en collaboration avec Ruben del Rincon), chacune mériterait que l’on s’y attarde. L’album est une réussite niveau graphisme avec un dessin très réaliste en noir et blanc travaillant sur les contrastes. Plusieurs histoires sont d’ailleurs sans parole, le dessin se suffisant à lui-même pour conter ces aventures tapageuses. On notera une véritable recherche  dans les cadrages et le choix des positions des personnages, toujours empreints d’un mouvement naturel exacerbant leur réalisme et l’émoi qu’ils peuvent provoquer. Ainsi on pénètre dans cet univers de dépravation tout naturellement et ce qui peut sembler le plus monstrueux, servi par un dessin de qualité, jamais vulgaire malgré tout, devient tout à fait anodin. On ne se rend compte qu’après qu’une excitation naissante a vu le jour concernant des sujets interdits. En effet, en plus du dessin, l’humour sous-jacent, toujours très fin porte le lecteur dans un sens léger pour des propos d’une violence intellectuelle inouïe.

Dans ce qu’il y a de pire, Bernardo Munoz s’attaque à deux interdits
Necrophile

fondamentaux, la nécrophilie et l’inceste. Deux histoires traitent des rapports entre frère et sœur. Et si l’une reste anodine dans les faits, la grande sœur se faisant prendre lors d’échappée à la campagne par son petit ami sous le regard concupiscent et intrigué de son petit frère, l’autre est carrément perverse et malsaine. Paul, puceau grand amateur de porno et vidéaste filme sa grande sœur à l’insu de cette dernière alors qu’elle s’envoyait en l’air avec son compagnon. L’esprit retors de Paul se met alors en branle, faisant chanter Laura et la menaçant de montrer la vidéo à leur père si celle-ci ne se prête pas à ses envies. Le
Voyeurisme

caractère du garçon est particulièrement rendu, à la fois dominant et inexpérimenté. Le tout donne une ambiance poisseuse entre dégoût et excitation. L’histoire suivante n’est pas en reste non plus puisque dans un petit village, un homme assassine une femme avant de lui violer la bouche. Bien sûr ce sont là les faits marquants mais il nécessaire de préciser que tout ceci participe d’une histoire mettant en avant la perversité humaine et ses faux semblants. Les autres histoires traitent de sujets beaucoup plus soft que ce soit le voyeurisme ou les amours de vacances tout en gardant une réelle force visuelle s’incrustant durablement dans l’imaginaire du lecteur.

Près de dix ans après sa première publication, Déviances est toujours aussi fort et intelligent, absorbant le lecteur  aussi bien dans un érotisme soft et intellectuel que dans des jeux de manipulation cruels et violents. On ne ressort pas de Déviances indemne et curieusement ce ne sont pas les scènes les plus dures qui restent les plus marquantes, c’est un ensemble de qualité et une impression mentale qui reste longtemps.

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