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3/10Le Déclic - Tome 2

/ Critique - écrit par athanagor, le 02/09/2009
Notre verdict : 3/10 - Sexe à pile (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 5 minute(s) - 1 réaction

Deuxième tome sur la belle Claudia Christiani et sa libido réellement incontrôlée. Rien n'existe ici que le trait anatomiquement fouillé de l'auteur, posé sur une histoire creuse comme la boîte qui l'inspire.

Avec ce deuxième tome du Déclic, Milo Manara reprend l'histoire de la belle Claudia Christiani, peu ou proue où il la laissait à la fin du tome 1. Réédition du 10 juin 2009
Réédition du 10 juin 2009
Grâce aux appuis politiques et financiers de son mari et de son oncle, elle est devenue animatrice d'une émission télévisée ayant pour thème l'écologie et la défense de la nature. Donc, malgré la disgrâce que lui ont coûté ses précédents débordements en public, et le fait qu'à cette époque on considérait que la télé était le refuge de cancres et des parias, Claudia, devenue une personnalité, s'en sort finalement bien. Pourtant, la routine tranquille de la vie que lui octroient son statut et son émission va être perturbée par l'apparition d'un jeune homme, certes bien mis, mais aux intentions néfastes. Nouveau propriétaire du petit dispositif aux ondes érotiques, il va déstabiliser la vie et la carrière de Claudia, en la forçant, contre la promesse de la restitution du boîtier, à adopter les pires attitudes. Ce jeune homme nommé Faust n'est pourtant pas le réel cerveau de cette machination. Dans son ombre se dissimule le mari de Claudia, qui emploie en fait le jeune homme pour nuire à la carrière de sa femme.

En se saisissant de l'ouvrage, on est très curieux de la façon dont Manara va pouvoir arriver à bout de ce qu'il avait lui-même érigé en obstacle scénaristique à la fin du tome 1. A savoir que le boîtier est vide et que les impulsions viennent directement de Claudia et non d'un agent extérieur. Ceci permettait une conclusion un peu tarabiscotée, proposant néanmoins une réflexion sur la prétendue chasteté, synonyme de pureté, des gens socialement favorisés, ainsi que sur l'emprise de l'inconscient sur les comportements sociaux ou intimes. Partant, il semble impossible que Claudia, au courant de la supercherie, puisse être à nouveau l'esclave du boîtier. Et quand bien même, l'intérêt scénaristique ne s'en trouverait pas relevé. Pourtant, Manara ne fait aucun effort pour modifier cela. Claudia réagit toujours au quart de tour d'un boîtier vide, actionnée dans son dos
par un inconnu. Les réactions survenant également, de l'aveu même du manipulateur, alors que le boîtier n'est pas allumé, on est donc sur un renouveau de la piste de l'inconscient développée dans le premier livre, mais ici à la limite de l'acceptable, Claudia sachant de quoi il retourne

Cette première déception passée, et bien averti du fait que le scénario ne va pas tenter de revenir sur cette supercherie qui continue à fonctionner, on attend que l'intrigue nous soit présentée. Arrive alors le mari de Claudia, commanditaire du jeune Faust. A cet instant, on sent intuitivement que c'est là que se joue l'album. Les motivations de ce mari qui dans un premier temps sauve la réputation de sa femme en lui trouvant une place respectable à la télé, puis qui cherche à ruiner sa réputation par le biais du jeu salace de Faust, suscite un réel questionnement et un vif intérêt. Pourtant, il faudra se rendre à l'évidence : l'apparition de ce personnage au but étrange et qui émaillera de ses ordres la narration centrée sur Faust, ne sera pas révélée. On se retrouve donc pour cet opus, avec pour seul et unique moteur de l'action, l'exigence de Faust pour la restitution du boîtier, à savoir coller son bras dans l'arrière-train de Claudia, pratique baptisée le « Faust fuck » (en tout cas, dans ces pages). Même si le jeune homme à un avant-bras peu chétif, concédons aux considérations esthétiques et artistiques qui firent de la société occidentale ce qu'elle est, la minceur du sujet.

Au final, la BD se décline en 4 tableaux : la rencontre avec Faust (dans les toilettes du studio), la punition de Claudia à coups de ceinturon par son oncle politicien (dans la salle de billard), le naufrage (sur un radeau en pleine mer, à l'occasion d'un reportage) puis le final avec Faust (sur le toit, avec le chandelier). Chacun semble faire écho à des fantasmes masculins répandus où le point commun est que la femme est, d'une manière générale, une sacrée salope machiavélique. En substance et pour résumer les 4 épisodes, Claudia commence par faire un
strip-tease dans les toilettes pour hommes à côté d'un gros bonhomme qui urine. Claudia se fait battre, devant son patron, par son tonton à coup de ceinture et ne cesse d'en redemander. Le tonton d'ailleurs, bien qu'à son corps défendant semble y prendre lui aussi un certain plaisir. Puis Claudia, à la dérive sur un radeau, survivra à 10 jours en ne se nourrissant que de la semence de son caméraman et de son preneur de son, qui manqueront eux, d'y passer. Enfin, Claudia, après une exhibition en direct devant les caméras de sa chaîne de télé, retrouvera Faust pour envisager de faire la bête à deux dos dans une situation extrêmement périlleuse. Ici, la thèse du suicide sera abordée, mais l'idée de destruction sera inondée par la formidable pulsion de vie qui habite dans la culotte de Claudia (qu'elle a d'ailleurs oubliée dans la salle de billard). Quel message !

Alors oui, il n'y a pas vraiment de mal, pour continuer à abonder dans le sens de Manara et sa préface du premier tome, à exposer des fantasmes, aussi crus soient-ils, dans une œuvre de fiction. Mais ici, on n'en sort absolument pas. Bien que Manara excelle dans la représentation des corps et dans l'exposition du sensuel et du sexuel, et même si le lecteur mâle ne peut s'empêcher de sentir son caleçon rétrécir, il se demande bien pourquoi ce tome 2, et comment les tomes 3 et 4 ? Malgré l'excellence du trait et l'indulgence qu'on porte à ceux qui nous font un tant soit peu plaisir, il faut reconnaître la réelle faiblesse de l'ouvrage, qui se traduit dans la vacuité de ses tableaux. Le passage de la punition dans la salle de billard par le tonton, excessivement longue, finit vraiment par faire passer l'ennui dû au manque d'histoire devant l'excitation provoquée par la situation. De même la sympathie du lecteur est écornée dans le début du 4e passage. Dans ce passage, Claudia, pourtant accueillie sur un plateau télé par un animateur qui l'interroge, se retrouve subitement seule quand il s'agit de montrer son frifri. Ainsi, le fantasme finit vraiment par ignorer totalement le probable et le réel, et les personnages disparaissent au milieu de l'action pour permettre à Claudia de devenir le jouet de son créateur, sans que personne ne puisse y contrevenir.

A ce stade, on arrive à se demander à quel moment il a pu paraître intéressant, lors de la conception de la BD, de coller du texte sur les images alors qu'une simple galerie d'illustrations, surtout signées Manara, eût été préférable.

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